Frédéric, vous faites un point ce matin sur le processus de paix israélo-palestinien, quelques jours apres la signature d'un accord de principe par le secrétaire d'état américain...

A force d’être déçus par les visites des émissaires américains au Proche-Orient et leurs communiqués optimistes sans lendemains, on en viendrait à ne même plus les prendre au sérieux. Ainsi, la dernière déclaration en date de l’un d’entre eux, John Kerry, actuel secrétaire d’Etat et ancien candidat malheureux à la Maison Blanche, est-elle passée presque inaperçue. A tort peut-être. Car pour sa 6è tournée israélo-palestinienne en quelques mois seulement, il se pourrait bien qu’un vrai processus de pourparlers voie le jour.

Du moins Kerry a-t-il été cette fois confirmé dans son optimisme par un « oui » officiel des deux camps antagonistes. Mieux : le gouvernement israélien se réunira dans quelques jours pour approuver la libération de plusieurs dizaines de prisonniers palestiniens acceptée par le premier ministre Benyamin Netanyahou, tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas semble accepter l’idée d’une reprise des négociations sans préalable ou, en tout cas, sans exiger l’arrêt complet et immédiat de toute construction dans les implantations. Voilà qui ne constitue pas encore un processus de paix, mais cela commence à y ressembler un peu tout de même…

Peut-être mais alors pourquoi maintenant, alors qu’on n’a plus négocié depuis des années ?

Alors vous le savez bien Pierre, vous qui avez crapahuté dans la région de longues années durant, tout ou presque est affaire de contexte. Certes, rien n’a fondamentalement changé entre Israéliens et Palestiniens depuis le dernier processus de paix, celui d’Annapolis en 2007, ni les positions de principe, ni les perceptions identitaires, et pas davantage les objectifs politiques.

En revanche, le contexte géopolitique proche-oriental, lui, s’est considérablement transformé ! Le printemps arabe et la chute de plusieurs dictateurs nationalistes, la guerre civile en Syrie, la crise nucléaire iranienne, sans oublier le putsch du Hamas dans la bande de Gaza. Or justement, le groupe islamiste, redoutable concurrent de l’Autorité palestinienne et ennemi mortel de son président Mahmoud Abbas, vient de subir un revers désastreux avec la chute du président Mohamed Morsi, Frère musulman lui aussi.

Depuis son coup d’Etat institutionnel, l’armée égyptienne fait d’ailleurs chèrement payer au Hamas voisin son empathie avec le chef d’Etat déchu, en bloquant notamment la voie d’approvisionnement sud de la bande de Gaza, contrôlée par l’Egypte. Cet affaiblissement du Hamas, déjà coupé de son ancien allié syrien Bashar el Assad et de son ex financier iranien, ne peut donc que pousser Abbas à reprendre l’initiative.

Ca c’est pour l’Autorité palestinienne, mais pourquoi Israël aurait-il intérêt à reprendre maintenant les pourparlers ?

Eh bien par un faux paradoxe, pour la même raison qu’Abbas, à savoir un rapport de force régional favorable ! La branche armée du Hezbollah enfin reconnue comme terroriste par l’Union européenne, une relation réparée et apaisée avec les Etats-Unis, le Hamas affaibli (on l’a dit), la reprise en main de la situation par une armée égyptienne très coopératrice, un état de faiblesse et de division sans précédent au sein de la Ligue arabe, etc. Et tout cela sur fond de progression économique et technologique considérable.

On a connu en Israël situation plus dramatique. Or les stratèges savent parfaitement que c’est lorsqu’on dispose d’un rapport de force favorable qu’on obtient les meilleurs compromis à la table des négociations, et non le couteau sous la gorge. Netanyahou sera-t-il un stratège, l’avenir le dira, et peut-être surtout John Kerry lui-même !

En attendant, contrairement à ce que répètent ad nauseam ses obsédés, le conflit israélo-palestinien n’est ni plus compliqué ni plus tragique que ceux qui agitent cruellement le Proche-Orient ; ce serait faire injure aux 100.000 tués civils qu’a déjà causés la répression syrienne en deux ans seulement que de l’affirmer. Complexe et douloureux, oui, mais pas sans espoir de sortie ; tel est aujourd’hui le conflit israélo-palestinien, lové dans l’œil du cyclone d’une région en plein bouleversement.

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