Décidément, c’est à croire qu’à travers tous les temps et sous toutes les latitudes ou presque, des hommes incultes, fanatiques, ou les deux, se croiront toujours prédominants quant aux ventres et aux vagins des femmes. Une fois n’est pas coutume, la dernière belle outrance misogyne en date ne vient pas d’un quelconque prédicateur islamiste d’une chaîne arabe, mais de Todd Akin, un très sérieux candidat au poste de sénateur du Missouri. C’était il y a quelques jours, citons-le même si depuis il a été contraint de s’excuser : « le corps féminin possède des moyens de bloquer le processus de grossesse en cas de viol légitime ». Outre que l’assertion est scientifiquement débile, il s’agit une fois de plus de l’irrépressible tentation de décider en lieu et place de la femme, en l’occurrence de la femme meurtrie. Akin s’est donc excusé mais demeure farouchement opposé au droit à l’avortement et en toutes circonstances.

Cela nous rappelle plusieurs régressions récentes sous différents cieux. En Tunisie, où les femmes avaient été libérées par Bourguiba, elle deviennent par le truchement d’une Constitution à forte connotation islamiste, « complémentaires » à l’homme ! Des machistes ont beau saluer le caractère indispensable dudit complément, pas sûr que cela réjouisse celles qui participèrent en masse au tout premier printemps arabe, en décembre 2010… Toujours dans la région, les nouveaux dirigeants libyens – en dépit de leurs promesses – ont promis de rétablir la charia. Dans plusieurs autres pays musulmans on procède encore aux mariages forcés dès la jeune adolescence voire plus tôt, on commet des crimes d’honneur peu ou pas punis par les tribunaux, on lapide en cas d’adultère réel ou supposé. En plus de tout cela, en Arabie saoudite, être une femme ou conduire, il faut choisir !

Cela dit Frédéric, le monde arabo-musulman n’est pas le seul en cause dans ces régressions…

Absolument, Bruno. Tiens, en Russie par exemple, si les Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camps d’internement, c’est officiellement pour avoir insulté Poutine et surtout profané et dégradé un lieu sacré, en l’espèce une cathédrale. Mais les témoignages à charge entendus par les juges faisaient état – comme le révèle Le Canard Enchaîné – de « danses diaboliques », de « levers de jambe au-dessus de la tête » et autres « frétillements démoniaques » ! Voilà qui fleure bon toute la cohorte fantasmatique des sorcières médiévales. Moins anecdotique ; en Chine et surtout en Inde, il manque des dizaines de millions de femmes. Pourquoi ? Parce que les parents ont supprimé leurs petites filles à la naissance, soit par crainte du coût de la dot à venir, soit parce que ce n’était pas socialement valorisant.

Un peu partout dans les pays dits du sud, le taux d’analphabétisme des femmes demeure plusieurs fois supérieur à celui des hommes. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que les filles sont confinées aux taches agricoles ou ménagères, ou qu’elles sont simplement interdites d’école comme dans les régions afghanes et pakistanaises sous la férule talibane. Pire encore, dans une vaste zone partant du Golfe de Guinée vers l’Egypte en passant par l’Ethiopie et le Soudan, la grande majorité des petites filles sont excisées voir infibulées. On épargnera aux auditeurs de France Inter, Bruno, les détails physiologiques et les conséquences désastreuses de ces pratiques d’un autre âge. Problème religieux ? Non, l’Ethiopie chrétienne est tout aussi concernée que l’Egypte musulmane, et dans la pourtant très rigoriste péninsule arabique, on ne pratique pas ce rite-là.Comme toujours on évitera l’autosatisfaction ; si en Occident le sort du « deuxième sexe » présente un visage plus souriant, il reste des inégalités – notamment sur les salaires – et des violences graves. Rappelons qu’en France, une femme est tuée sous les coups de son mari ou compagnon une fois tous les trois jours… Allez, on achèvera cette chronique estivale, Bruno, par un sourire

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