Frédéric Encel consacre sa Chronique internationale sur le devenir de la boucherie d'Utoya, c'était il y a un an, et sur les leçons du drame...

Il y a un an presque jour pour jour, un idéologue d'extrême-droite norvégien, Anders breivik, assassinait 93 personnes dans un attentat à la bombe à Oslo, et surtout lors d'une véritable tuerie sur l'île d'Utoya. Pour la Norvège et de façon plus génréale pour les pays scandinaves depuis longtemps épargéns par les guerres, l'extremisme et la grande pauvreté, la leçon aura été rude : rien n'est jamais acquis, même sous les cieux politique(s) et géographique(s) apaisés. De tous temps et sous toutes les latitudes, des individus soit fanatiques, soit déments - en l'occrurrence, la justice norvégienne tranchera- sont prêts à ôter la vie des autres. Contre cela, il n'existe strictement aucun remède efficace à 100%. La preuve : breivik a baigné dans une société ouatée au système éducatif performant, au discours ambiant tolérant, pacifique sinon pacifiste, et loin des affres de la faim ou du chômage. Quant aux prétendues "hordes islamiques" qui le hantent et qu'il entendait combattre à travers son massacre, il n'en a jamais vu le premier bataillon !

Et pourtant, Frédéric, l'assassin était bel et bien porteur d'une idéologie extrémiste ; est-il le seul en Europe à partager cette haine ?

Non, et c'est bien le problème posé à l'ensemble des sociétés européennes en proie soit au doute identitaire, soit à l'angoisse sociale, soit aux deux à la fois. Au fond, s'il n'estait agi que d'un fou isolé, adepte d'une secte à la Wako ou façon Aoum, notre dégoût et notre compassion eurent été similaires, mais pas notre inquiétude? Là, au regard de la montée en force de certains courants non plus seulement populistes et islamophobes mais ouvertement fascistes, on pourrait se demander si Breivik ne deviendra pas, ici ou là, un précurseur. En Hongrie et surtout en Grèce (où les musulmans ne sont d'ailleurs pas en première ligne), même si l'on n'est pas encore passé aux actes meurtriers, le spectre d'un ordre noir semble de moins en moins illusoire. A Budapest des programmes politiques extrémistes ont été lus et en partie adoptés à l'Assemblée, et à Athènes un parti ouvertement néonazi a fait son entrée en fanfare au Parlement. Ce ne sont peut-être là que des signaux. Mais ne pas en tenir compte serait d'autant plus irresponsable qu'ils s'inscrivent dans une crise européenne très profonde, politique sans doute, socio-économique assurément. or l'affreux tandem déshérence sociale/ votes extrémistes, de l'Allemagne de 1932 à l'Egypte d'aujourd'hui, n'est jamais très loin. C'est du reste sur cette évolution économique dégradée qu'ont progressé ces derniers mois nombre de courants populistes en Europe, à commencer par les néonazis en Grèce.

cela dit, gare aux amalgames faciles, crier aux loups abusivement est toujours contre-productif : aucun partisan du vlamsbelang flamand, du British national Party britannique, du MSI néofascite italien, ou du Front national français - pour ne citer que quelques unes des formations d'extrême droite européennes - n'a cherche à abattre des gamins, et aucun de leurs leaders n'a même cherché à défendre Breivik ou à minimiser son effroyable crime. cette distanciation est déjà bonne à prendre, qui constitue une vraie différence avec les désastreuses années 30.

Pas de panique donc, seulement de la pédagogie et une vraie vigilance éducative, policière et judiciaire. Le racisme et l'antisémitisme tuent ; les démocraties doivent constamment leur opposer un implacable combat.

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