Aujourd’hui Frédéric, vous avez choisi de nous parler du pape François qui poursuit sa visite au Brésil, une visite à l’occasion des JMJ et qui semble enflammer les foules de Rio…

Oui, et il faudra en enflammer bien d’autres si le nouveau souverain pontife entend mettre fin à l’hémorragie de fidèles qui frappe le catholicisme depuis plusieurs décennies et sur quatre continents. Mais restons un instant sur le style François : la multiplication des signes ostensibles d’humilité et de modestie, un discours arc-bouté sur la défense des désoeuvrés et des déshérités, une chaleureuse proximité avec les foules qui l’acclament ; tout cela tranche singulièrement avec son prédécesseur Benoît XVI – lequel ancien chef de la doctrine se sentait plus à l’aise dans la casuistique et la méditation intellectuelle.

En revanche, cela rappellerait Jean-Paul II, très proche des foules également et porteur lui aussi d’un message fort et constamment répété. Mais là où le verbe de Jean-Paul II était très politique – avec le fameux « N’ayez pas peur » (sous-entendu : de vous lever contre le système communiste !), le message de l’actuel Vicaire du Christ apparaît nettement plus social et surtout adressé aux dirigeants au moins autant qu’à leurs peuples. Et puis en Amérique latine, ce pape argentin jésuite joue à domicile, pas seulement pour des questions de proximité culturelle ou géographique, mais aussi parce que le sous-continent fut pour la Compagnie de Jésus depuis sa création au XVIè siècle une terre prioritaire d’évangélisation.

Vous dites que le pape « joue à domicile », mais le catholicisme recule au brésil…

C’est juste, et même de façon spectaculaire. Pensez donc que dans le plus grand pays catholique du monde, le nombre de catholiques est passé de 89% en 1980 à 64% de la population. Dans le même temps, les évangéliques – d’essence protestante et pour la plupart pentecôtistes – progressaient de 6% à 25%, faisant passer le Brésil au 2è rang mondial des fidèles évangéliques juste derrière les Etats-Unis…

Plusieurs facteurs contribuent sans doute à expliquer le phénomène, du caractère festif et peu contraignant de nombreux cultes évangéliques à l’attrait pour la nouveauté chez les jeunes, en passant par des outils de communication plus modernes ou encore un manque de préoccupation du clergé catholique local pour les plus pauvres.

Et c’est donc là, sur ce point, surtout au moment où nombre de Brésiliens revendiquent de meilleurs conditions de vie et un vrai partage des fruits de la croissance, que le pape François a manifestement choisi d’appuyer son effort. L’enjeu de la reconquête est de taille : si le pape ne parvient pas à enrayer la crise de la foi et des vocations catholiques dans ce bastion essentiel que représente l’Amérique latine, la religion catholique deviendra durablement ou définitivement secondaire.

Cela dit, Frédéric, parler de social au Brésil, c’est bien, mais sur d’autres « fronts » la situation semble également difficile pour le catholicisme…

En effet, et pour des raisons ici similaires, là différentes : similaires en Afrique subsaharienne – où l’évangélisme et l’islam progressent au détriment du catholicisme, encore qu’en part relative seulement, la natalité restant très soutenue – différentes en Europe occidentale, où le nombre de baptisés catholiques s’est littéralement effondré ces dernières décennies, bien moins du fait d’une quelconque concurrence spirituelle que d’une profonde sécularisation.

Une tendance lourde qui touche même le sud-ouest de l’Europe – Italie, Espagne, Portugal – jusqu’au milieu du XXè siècle encore cœur battant du catholicisme mondial. Au fond, seule l’Asie orientale, avec des pays comme la Corée du sud, par exemple, présentent à l’heure actuelle une vraie dynamique catholique en nombre relatifs et absolus de baptisés.

On le voit, le Brésil et les JMJ qui s’y déroulent ne sont qu’une étape et dans doute pas la plus difficile dans le reconquête des cœurs ; après tout, le pape François se donne peut-être du courage en se remémorant le sauvetage de la foi catholique au XVIè face aux forces protestantes lors de la contre-réforme, une énergique manœuvre tant politique que théologique menée entre autres… par les Jésuites !

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