Aujourd’hui, nous vous parlons de la montée de tension entre Israël et l’Egypte, une évolution masquée par l’actualité brûlante en Libye. Concrètement, doit-on craindre la perspective d’un conflit entre ces deux Etats ?

A courte et moyenne échéance, sans doute pas, et cela pour trois raisons. D’abord les regrets exprimés par Jérusalem après la mort de cinq policiers égyptiens, la semaine dernière dans le Sinaï, lors d’un combat entre activistes palestiniens et Tsahal – ont été transmis rapidement. Si le gouvernement égyptien ne s’en contente pas, il rappellera peut-être son ambassadeur, mais négociera une sortie de crise sous l’égide de Washington.

Ensuite, les élections générales qui se tiendront en principe en octobre ne verront pas forcément les Frères musulmans l’emporter haut la main. Et même si tel était le cas, l’armée égyptienne ne leur confierait sûrement pas les portefeuilles de la Défense et des Affaires étrangères. Enfin quand bien même le scénario du pire adviendrait, le sacrosaint principe de réalité devrait l’emporter.

Car si les islamistes comptent nombre de fanatiques, rares sont parmi eux les imbéciles. Ils savent qu’en cas de confrontation avec Israël, le rapport de force stratégique serait écrasant en défaveur de l’Egypte ; économiquement, le pays est tenu à bout de bras par l’allié américain – justement en vertu des accords de Camp David de 1978 –, diplomatiquement, aucun Etat arabe n’est en mesure de seconder efficacement l’Egypte dans une crise grave ; et militairement, Tsahal bénéficie à la fois de la profondeur stratégique d’un Sinaï démilitarisé, et d’une large supériorité technologique.

Au fond, pour quelle raison la situation est-elle donc préoccupante ?

Le problème, c’est qu’à la paix froide qui prévaut depuis 33 ans pourrait succéder un état de guerre froide. Soit par manque de volonté – histoire de satisfaire une opinion socialement exaspérée – soit par manque de moyens – contrôler une frontière désertique de 230 km dont 14 km face à Gaza n’a rien d’évident –, le pouvoir égyptien pourrait rendre caducs les accords de paix en laissant des groupes armés palestiniens proliférer à l’est du Sinaï.

Dans une telle perspective, que ce régime demeure républicain et militaire ou qu’il devienne islamo-conservateur ne changera rien pour l’opinion israélienne et ses dirigeants, qui exigeront du Caire le maintien d’un vrai contrôle de sa frontière. En outre, l’absence d’un vrai processus de paix israélo-palestinien n’arrange vraiment pas les choses.

Depuis Camp David, aucune guerre proche-orientale n’a plus opposé Israël à un Etat arabe. Les islamistes radicaux chercheront toujours à mettre fin à cette longue période de paix entre les deux principales puissances de la région, c’est leur vocation ! Ils assassinèrent bien Anouar el Sadate en 1981, lui qui avait courageusement conclu la paix avec Menahem Begin. Simple rappel, Bruno : c’est déjà dans le Sinaï qu’en juin 1967, la guerre des Six-Jours avait éclaté. Cette guerre dont tout le Proche-Orient subit encore les conséquences.

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