Aujourd’hui, nous vous parlons de la tuerie d’Oslo ; ce matin le bilan officiel – toujours provisoire – fait état de 93 morts et une centaine de blessés.

Laissons de coté la démence ou l’enfance difficile de Anders Behring Breivik ; lorsqu’il comparaîtra devant un tribunal, son avocat plaidera peut-être ces circonstances particulières, ce en quoi il fera son métier. Pour l’heure, on dispose d’un corpus de 1 500 pages d’idéologie, certes parfois halluciné et fantasmatique mais tout de même construit d’un individu déterminé paraissant savoir ce qu’il faisait, ce qu’il ferait. Ne nous attardons pas non plus sur la géopolitique de la Norvège ; le pays fait bien partie de l’OTAN, mais cette donnée ne semble pas intervenir dans les motivations de l’assassin.

Ce qui s’est produit, c’est l’expression meurtrière du fanatisme. Le Larousse nous propose la définition suivante : « Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l’intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence ». L’enquête ne fait que commencer mais cela ressemble furieusement à l’esprit de Breivik. En l’espèce, les mots qu’il a postés sur internet font écho à un inquiétant contexte de montée de l’islamophobie en Europe, accompagné d’une forme de racialisme hélas pas vraiment nouvelle.

Est-ce qu’on doit réduire le massacre d’Oslo à une tendance européenne plus ou moins contemporaine ?

Le carnage d’Oslo nous rappelle ce qu’on avait peut-être un peu négligé depuis la fin des attentats des groupes terroristes rouges et noirs des années 1970-80 : le fanatisme et son corollaire ultime, le terrorisme, n’est pas exclusivement religieux. Comment ne pas rappeler que le moteur essentiel des guerres, des tyrannies et des génocides du XXè siècle, le pire que l’humanité ait connu en matière de barbarie, fut bien plus politique et idéologique que religieux ?! C’est vrai, ces dernières années, des musulmans islamistes radicaux ont assassiné des civils à New York, Casablanca, Bali, des Juifs orthodoxes ont abattu Rabin et des Palestiniens en prière, des chrétiens de l’Armée de libération du Seigneur ont massacré en Ouganda. Cette litanie inclut du reste Hindouistes, Bouddhistes et autres animistes.

Pourtant, si le fanatisme religieux est vieux comme les religions elles-mêmes, est-il réellement en cause ici ? Voire. Car l’homme a beau se présenter comme chrétien et antimusulman, il ne paraît pas être un pilier d’église et n’a pas frappé de mosquées. En revanche, le double attentat visait une institution politique – le siège du gouvernement – et un mouvement politique , en l’espèce le parti travailliste à travers ses jeunes militants.

Comment se prémunir contre le fanatisme, qu’il soit politique ou religieux ?

Et bien la tragédie, c’est qu’il n’est pas de recette miracle. Depuis vendredi, on découvre petit à petit quelques caractéristiques de l’assassin présumé. « Gentil et poli » reviennent souvent. Le chef du Camp d’extermination d’Auschwitz, Rudolf Heuss, l’était aussi, ainsi que bon époux et bon père de famille. Anders Breivik se présente en outre comme Franc-Maçon. La franc-maçonnerie est une école d’humanisme, sans aucun doute. Seulement Taalat Pacha, le chef du gouvernement Jeune-Turc en 1915, était aussi Franc-Maçon, lui qui déclencha ce qui allait devenir le premier grand génocide du XXè siècle, celui des Arméniens. Faut-il faire de bonnes études pour ne pas tomber dans le fanatisme ? Peut-être, mais les SS étaient bien souvent recrutés chez les étudiants, et le gouvernement génocidaire Hutu rwandais de 1994 comptait en son sein des médecins, des avocats, des professeurs.

Bref, rien n’est jamais acquis hélas, et le combat contre le fanatisme ne souffre aucun répit. Il en va de nos démocraties, dont l’arme incertaine mais nécessaire est faite d’éducation, d’apprentissage au respect de la vie humaine, de justice et de lois. Nécessaire, mais pas suffisant. Car pour paraphraser Bertold Brecht, pronostiquons que « le ventre sera toujours fécond d’où a surgi la bête immonde ».

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