Aujourd’hui Frédéric Encel consacre sa Chronique internationale au tandem russo-chinois, un couple géopolitique qui pose problème…

A quel jeu se livre depuis plusieurs années maintenant, presque sans discontinuer, le tandem russo-chinois ? Nous disons « tandem » car dans la plupart des débats cruciaux menés au Conseil de sécurité des Nations unies, Moscou et Pékin adoptent la même position : trois rejets communs des résolutions concernant la répression en Syrie en 2011 et 2012, abstention commune sur la Libye en 2011, position concertée sur le nucléaire iranien depuis 2006, etc. Il y a plusieurs raisons à cette équipe qui n’a pas toujours été aussi soudée, tant s’en faut. La première, structurelle, c’est la volonté de s’opposer à l’Occident, et en particulier aux Etats-Unis. Russes et Chinois considèrent en effet que la prédominance américaine a assez duré, et qu’un meilleur partage des responsabilités mondiales doit s’effectuer au profit des grands émergeants, à commencer par eux-mêmes. La seconde raison de l’entente diplomatique russo-chinoise, tout aussi structurelle, relève de la sacrosainte souveraineté des Etats. Explicitement inscrite dans la Charte des nations unies de 1945, l’inviolabilité des frontières et des régimes en place est un dogme à Moscou et Pékin, comme d’ailleurs chez les souverainistes du monde entier. Or la tendance néoconservatrice américaine, qui domina durant une partie au moins des mandats de George Bush junior, avec pour point d’orgue la guerre d’Irak de 2003, a fait craindre aux présidents Poutine et Hu Jintao – entre autres dirigeants – un maelstrom politique planétaire à leur détriment. Plus récemment, l’affaire libyenne les a échaudés ; la France avait en effet réussi à convaincre à l’ONU les deux géants de laisser l’OTAN intervenir pour faire cesser les exactions du régime Kadhafi contre sa population – c’était la résolution 1973 – mais pas de le faire chuter. Or c’est bien ce qu’il advint, à leur grande fureur. Mais au-delà des grands principes et de ce sentiment de trahison, Frédéric, n’y a-t-il pas chez les dirigeants russes et chinois des intérêts géopolitiques plus prosaïques ?

Si Pierre, en effet. Par exemple, la Russie entretient des intérêts stratégiques et commerciaux non négligeables en Syrie ; du coup, Pékin suit Moscou dans son blocage constant en attendant un retour d’ascenseur sur d’autres dossiers dans le Pacifique ou le sud-est asiatique. Autre exemple très concret : leur crainte commune de mouvements sécessionnistes aux confins de leurs territoire respectifs, dans le nord-Caucase pour Moscou, au Tibet et au Xing-Kiang pour Pékin ; comment laisser à l’ONU les Occidentaux soutenir des insurgés dans certains Etats souverains mais refuser une éventuelle ingérence… chez eux ?! Idem pour les Droits de l’Homme, constamment violés en Russie et plus encore en Chine, dont on redoute qu’ils soient instrumentalisés par l’Occident pour – une fois de plus – faire de l’ingérence…Cela dit, ne faisons pas de ce tandem l’équivalent du trio franco-anglo-américain, pour évoquer les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité. Ici on a un partenariat forcé et surtout défensif entre deux Grands aux intérêts énergétiques, diplomatiques ou démographiques souvent très divergents, là on trouve les trois piliers d’une puissante alliance militaire à la fois très ancienne et ultra intégrée.Dans les années 1960, années de confrontation, on parlait de l’Amour sino-soviétique… oui enfin l’Amour…, ce long fleuve qui sépare les deux Etats ; aujourd’hui on choisira de parler, plutôt que de sentiments ou d’alliance, d’un mariage de raison entre la Chine et la Russie. Il durera ce que dureront leurs intérêts à le conserver…

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