Aujourd’hui Frédéric vous avez choisi de nous parler des extrême-droites en Europe, après la dissolution, en France, de deux organisations…

Disons-le d’amblée : Manuel Valls a eu raison. Sur la base de la Loi de 1936, le ministre de l’Intérieur a reproché au groupe L’œuvre française de « propager la haine et la violence, une idéologie xénophobe et antisémite, des thèses racistes et négationnistes », indiquant qu’il était « organisé comme une milice privée avec des camps de formation de type paramilitaire ». Autant de critères d’illégalité et de dangerosité qui ont décidé le président et le gouvernement, au Conseil des ministres de mercredi, à dissoudre L’œuvre française et son mouvement junior, les Jeunesses nationalistes.

Depuis, beaucoup font remarquer à juste titre que les dissolutions de groupes dangereux – d’extrême droite, d’extrême gauche ou, récemment, islamistes radicaux – ne sont pas toujours très efficaces ; en effet les individus visés recréent parfois sous d’autres appellations leurs organisations dissoutes. Question : vaut-il mieux ne rien faire et laisser la République s’affaiblir devant ceux qui souhaitent l’abattre ? Pas sûr que notre démocratie y gagne quoi que ce soit, et, du reste, nos amis et voisins européens nous envient souvent notre dispositif policier et judiciaire face, notamment à l’extrême droite.

Qu’est-ce qui caractérise justement l’extrême-droite française par rapport à ses équivalentes européennes ?

Trois choses au moins. D’abord, l’extrême droite française ne compte en son sein qu’une petite minorité de catholiques intégristes et le clergé la rejette catégoriquement. Phénomène déjà ancien du reste ; on rappellera que l’Action française de l’ultra nationaliste Charles Maurras, violemment anticléricale, avait été carrément excommuniée par le Saint-Siège dès 1924 ! A l’inverse, dans l’Espagne franquiste jusqu’aux années 1970, en Pologne aujourd’hui encore ainsi que dans la Russie orthodoxe, le clergé avait été ou demeure très lié aux milieux ultra nationalistes.

Ensuite, l’extrême droite française ne revendique plus d’expansion territoriale. C’est très évident pour nous autres Français heureux de savoir l’Alsace-Lorraine dans l’Hexagone, mais cela ne l’est pas en Hongrie, par exemple, où les ultra nationalistes – quasiment au pouvoir d’ailleurs – revendiquent des frontières et des populations perdues lors des Traités d’après la Première Guerre mondiale.Enfin l’extrême droite tricolore est précisément… tricolore ! En cela qu’elle n’est ni séparatiste, a contrario de groupes flamands ou italiens du nord. Ajoutons qu’ici, l’extrême droite est à la fois peu représentée dans les chambres mais très intégrée au personnel politique, et qu’elle ne s’affirme jamais néo-nazie, en revanche de la Grèce où un parti au moins revendique la filiation avec le IIIè Reich.

Ca c’est pour les distinctions, mais n’y a-t-il pas un socle idéologique ou programmatique commun aux extrêmes-droites européennes ?

Si bien sûr. On retrouve ainsi une détestation des populations perçues comme étrangères, surtout si cet étranger vit à l’intérieur des frontières ! Le Juif demeure ainsi une « valeur sure » de l’extrême-droite, surtout en Europe orientale où il est flanqué du Tzigane dans les Balkans, voire du Russe dans les pays baltes ou du caucasien en Russie. Un peu partout l’immigration est stigmatisée, avec là encore des variantes locales mais tout de même majoritairement arabe, turque ou noire-africaine et dans une vulgate de plus en plus islamophobe.

Mais s’il y a bien unanimité ou presque, c’est dans la haine du franc-maçon évidemment « comploteur », de l’Amérique naturellement « impérialiste », et, cela va de soi, de l’Union européenne, détestée pour incarner l’ouverture et la coopération entre les peuples et les nations qui la composent. Or, c’est parce que pétainistes, fascistes et nazis ont déjà ravagé la France que la République, surtout par ces temps d’exaspération sociale, doit rester intraitable avec ces mortels ennemis.

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