Les aveux circonstanciés, étayés et souriants de l’assassin d’Olso ont relancé le débat sur la dangerosité de l’extrême droite.

Les associations antiracistes montées au créneau depuis la tuerie d’Anders Breivik ont raison de nous alerter sur la montée en force de l’extrême droite en Europe. Mais attention : cette tendance générale masque des disparités très fortes, et pas seulement sur la forme.

Il y a d’abord les courants les plus traditionnels en termes de nationalisme, avec notamment l’exemple hongrois, nourri par un revanchisme puissant qui remonte au moins à la Première Guerre mondiale. Violemment antisémite et anti-tzigane, anticommuniste, défiante tant vis-à-vis de la Russie que des Etats-Unis, irrédentiste, cette extrême droite hongroise pense la nation par opposition aux non magyars et aux non catholiques. Elle est en outre nostalgique de l’alliance de l'amiral Horthy avec les nazis. Adepte de la théorie du complot – toujours plus ou moins juif, franc-maçon et capitaliste, elle est aussi militariste. Si l’on ajoute le culte de la personnalité, la haine de la liberté de conscience et d’expression, ou encore l’homophobie, on peut parler de fascisme.

L’islamophobie est faible en Hongrie pour une raison simple : il n’y a ni minorités musulmanes à l’intérieur des frontières, ni Etats voisins musulmans à l’extérieur, et pas davantage de passé colonial pouvant faire débat. Des pays comme la France ou l’Autriche n’échappent pas à l’existence de groupes et de partis partageant plus ou moins cette idéologie, irrédentisme en moins mais islamophobie en plus.

Les autres types d’extrême-droite présentent vraiment des caractéristiques différentes ?

En Belgique et en Italie, par exemple, on observe un phénomène un peu différent. L’expression d’un extrémisme de droite y est intimement liée à des revendications séparatistes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si la Flandre entretient une identité linguistique forte, ce n’est pas là le seul moteur de l’indépendantisme qui s’y exprime. Comme en Italie du nord, on sait aussi penser très prosaïque, très économique. Quand on est plus riche et qu’on n’a plus trop envie de partager avec les régions voisines, on surjoue un peu son identité. Cela dit, l’expression d’un tel repli peut ne pas être aussi nationaliste, comme en témoigne les cas écossais ou catalan.

Et puis on trouve un courant grandissant qu’on dit d’extrême-droite faute de mieux, mais qui ne correspond pas aux canons classiques. Ses adeptes sont libertaires, socialement de gauche, plutôt écolos et pas du tout antisémites ; mais cette tendance est clairement islamophobe et à ce titre tout aussi condamnable que les précédentes. On la retrouve notamment aux Pays-Bas, et dans une moindre mesure en Allemagne, en Grande-Bretagne ou au Danemark.

Dans le pavé d’Anders Breivik, est-ce qu’il y des choses originales par rapport à toute cette typologie ?

On apprend qu’il aime le foot, l’eurovision et la science-fiction, qu’il est accro aux anabolisants et aux jeux vidéo. Pas de quoi garnir un cours de sciences politiques, vous en conviendrez. Un peu plus intéressant peut-être : sa fantasmagorie liée aux chevaliers, aux templiers, aux Croisades, et puis aux complots et aux traîtres qu’on retrouve souvent dans les cercles d’extrême-droite européens. Le thème de l’invasion, en l’espèce musulmane, est aussi poussé à l’extrême, mais là non plus Breivik n’innove pas vraiment.

En revanche, ce qui apparaît comme infiniment plus grave et – fort heureusement – moins courant : son homophobie et son antiféminisme délirants, ainsi qu’un racisme excessivement violent à l’encontre des musulmans. Précision essentielle, Pierre : le tueur d’Oslo ne se contente pas de critiquer ou de blasphémer un dogme, un prophète ou une religion – ce qui, bien entendu, est autorisé dans nos démocraties. De même, il ne vise pas des terroristes d’Al Qaïda.

Il stigmatise bien lesmusulmans comme groupe humain, des personnes vivantes et intrinsèquement coupables ; des individus qu’il voue tour à tour à la conversion forcée, à l’expulsion, à l’eugénisme, ou à la mort.

Face aux adeptes de ce racisme criminel, il ne doit y avoir ni débat, ni complaisance.

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