Ce matin, nous vous parlons de la peine de mort dans le monde.

A noter que la France fut le dernier Etat d’Europe de l’Ouest et l’un des derniers du continent – Etats communistes compris – à l’abolir.

L’un des derniers et trop tard pour Christian Ranucci, exécuté à 22 ans à la prison des Baumettes, le 28 juillet 1976. C’était il y a 35 ans jour pour jour.

Dans cette période de guerre froide et de triomphe des dictatures en Afrique et en Amérique latine, elle était encore massivement appliquée à travers le monde, la peine de mort. Le vaste et très progressif mouvement d’abandon du châtiment suprême, a commencé au terme des années 1980, justement avec la chute des juntes latino-américaines. Et puis, sous la pression d’Etats démocratiques, d’intellectuels et d’ONG, le phénomène s’est accéléré sans trop d’à-coup jusqu’à nos jours.

Tandis que 714 exécutions capitales avaient été prononcées dans le monde en 2009 (Chine exceptée), elles n’étaient plus que 527 en 2010. Sachant que toutes ces morts violentes ont été administrées dans « seulement » 23 Etats. Et pour 2011, la tendance semble devoir se poursuivre.

Quelques chiffres encore. L’ONU compte un peu moins de 200 Etats souverains : 139 ont aboli à ce jour la peine capitale, 58 la conservent – surtout en Asie et en Afrique – dont 9 de façon très théorique pour des crimes militaires commis en temps de guerre. C’est notamment le cas du Brésil.

Quels ont les mauvais élèves, les Etats qui appliquent le plus fréquemment la peine de mort ?

Sur le podium, nous trouvons en champion toutes catégories la Chine, avec plusieurs milliers de cas, mais difficile d’en savoir plus car pour Pékin cette question relève du secret d’Etat. En n°2 quoique loin derrière arrive la République islamique d’Iran (avec plus de 250 exécutions en 2010), puis sous la barre symbolique de la centaine de suppliciés caracolent la Corée du Nord, le Yémen, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. On notera que les Etats-Unis mis à part, il ne s’agit que de régimes tyranniques, sachant que deux autres grandes démocraties, le Japon et l’Inde, n’ont pas aboli.

Mais la fréquence ne dit pas tout, on doit aussi évoquer sans voyeurisme les modes d’administration de la mort. De la traditionnelle corde des pendus en vogue en Iran à l’exotique sabre saoudien, en passant par la balle chinoise que devra payer la famille du condamné, le modus operandi varie quelque peu selon les pays et les motifs, mais dans l’ensemble un supplicié de l’Antiquité ou du Moyen-Age s’y retrouverait. Une mention spéciale pour la grande démocratie américaine qui, en matière de peine de mort, ne s’honore guère. Car dans les Etats non abolitionnistes – surtout au sud – un condamné peut attendre des décennies dans le couloir de la mort avant de trépasser dans d’affreuses souffrances sur la chaise électrique ou sous injection létale ratée.

Un poil d’humilité tout de même pour nous autres Français, Pierre, eu égard au caractère baroque de notre ancienne machine à couper en deux (qui ne ce sera pas très bien exportée, d’ailleurs !...)

La peine de mort, est-ce seulement une question de morale et de droit, ou la diplomatie peut-elle parfois s’en mêler ?

Disons que même s’il s’agit d’une question relevant de la souveraineté des Etats, on peut en effet trouver des implications diplomatiques. Deux exemples parmi bien d’autres :

Aucun Etat ne pourrait prétendre adhérer à l’UE sans avoir aboli la peine de mort. C’est clairement dans cette optique que la Turquie, en 2002, adoptait un moratoire sur les exécutions, puis une abolition en bonne et due forme deux ans plus tard. Ces initiatives sauvèrent la vie du principal prisonnier turc : le chef historique du parti des travailleurs du Kurdistan, Abdullah Oçalan.

De la même façon, aucun Etat de l’UE n’extrade un accusé vers un Etat pratiquant toujours la peine capitale. C’est ainsi que le Rwanda a aboli la peine de mort en 2007, les autorités de Kigali espérant sans doute pouvoir récupérer à des fins judiciaires d’anciens responsables du génocide de 1994.

Pourvu que cette tendance se poursuive, car comme le disait l’humaniste Sébastien Castellion : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».

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