Aujourd’hui, vous avez choisi de nous parler de la diplomatie de l’Union européenne ; il y a une actualité particulière sur ce plan-là ?

Eh bien non, et c’est justement le problème ! Ecoutez :

Les négociations viennent de reprendre entre Israéliens et Palestiniens : formidable ! On attendait cette nouvelle depuis trois ans. C’est comme à l’accoutumée sous l’égide de et à Washington, que les pourparlers auront lieu : logique, au regard des nombreuses alliances militaires contractées avec l’Egypte, Israël, la Jordanie, etc. Mais là où le problème se pose, c’est qu’une fois encore l’Europe sera absente, au moins dans la phase introductive aux pourparlers. Problème, car après tout on ne sache pas que les 29 soient très éloignés de la région concernée ni qu’ils n’y entretiennent pas d’intérêts. Commercialement, l’Union est de loin le premier partenaire tant de l’Etat juif que de l’Etat palestinien, largement devant les Etats-Unis ; et il en va de même pour les aides à caractère social ou culturel. Il ne s’agirait bien sûr pas de se substituer à nos amis américains, mais de les accompagner dans leurs efforts de conciliation. Après tout, lorsqu’il est demandé à la Communauté internationale de soutenir financièrement soit un processus de paix, comme après Oslo en 1993-94, soit l’Autorité palestinienne comme après Annapolis en 2007, c’est bien l’Europe qu’on sollicite et qui se dépense sans compter ou presque.

Alors justement, Frédéric, pourquoi donc ce rôle de généreux donateur ne se transforme pas en poids politique ?

Deux raisons au moins à cela. Premièrement, la division. Certes, les 29 sont unis sur beaucoup de choses, à commencer par des règles de fonctionnement démocratique, économique et sécuritaire précises, mais, en matière d’affaires étrangères, les choses se gâtent. Ainsi la plupart des petits Etats de l’Union – contrairement aux poids lourds français et britannique – ne consacrent que des budgets diplomatiques et militaires très modestes, mais encore des sensibilités divergentes se font jour dès qu’on parle Proche-Orient. Ainsi en 2012, lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies sur l’Etat de Palestine, toute la palette des choix avait été affichée par les Européens : on avait du oui, du non, et de l’abstention ! Bonjour la position commune !

Schématiquement, on retrouve souvent le clivage entre les fidèles supporters d’Israël comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les Etats est-européens, les soutiens à la cause palestinienne tels la Belgique, l’Espagne ou la Suède, et ceux qui tentent de concilier les points de vue comme la France ou le Royaume-Uni. Sachant toute de même que les positions diplomatiques changent en fonction des tendances politiques au pouvoir.

Deuxièmement, et c’est là un problème plus général autant qu’une question philosophique, l’Union n’assume pas son statut de puissance. Ainsi, la plupart de ses membres, soit parce qu’ils n’ont pas de passé impérial au Proche-Orient, soit parce qu’ils considèrent ne pas avoir vocation à régler les affaires du monde, se désintéressent de la question ou se contentent de suivre la diplomatie du grand allié américain.

Pourtant, Frédéric, l’Union Européenne est bien plus unie qu’auparavant, elle s’est même dotée d’une personnalité spécialement affectée aux affaires diplomatiques…

Oui, il s’agit de Madame Catherine Ashton, à qui les Etats de l’Union laissent tout de même assez peu de marges de manœuvre, et qui semble parfois un peu dépassée.

Dans les années 1970, le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait ironiquement demandé aux Européens – à l’époque bien moins nombreux et unis au sein de ce qui n’était que la CEE – la Communauté économique européenne – un numéro de téléphone. Aujourd’hui, il y a bien quelqu’un au bout du fil, mais il a manifestement du mal à se faire entendre…

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