Par Piotr Smolar, du quotidien Le Monde

Retour ce matin sur le front anti-Hollandiste, ce « hollande bashing » qui se fait entendre.

Vous avez entendu François Fillon ? « On sent monter une crise de régime » a dit l’ex premier ministre. Jeudi soir, c’est Frigide Barjot, l’égérie du mouvement contre le mariage gay, qui allait plus loin : « En France, ça va être la guerre civile », disait-elle. Mais d’où vient cette soudaine montée de tension, cette dramatisation du langage politique ? Plusieurs éléments coïncident. D’abord, la situation budgétaire et économique catastrophique. Nous sommes embourbés ; or François Hollande refuse toute thérapie radicale, comme si la fièvre allait retomber avec de l’homéopathie. Du coup, ses propos n’impriment pas, car ils ressemblent à du déni. Deuxième élément, le mariage pour tous. Journalistes et responsables politiques pensaient que l’adoption du texte en première lecture signifiait la fin de la contestation. Or la mobilisation du 24 mars à Paris a été très forte, plus agressive, plus politisée. Une sorte de mouvement Tea-party à la française semble émerger. La gauche ferait bien de prendre garde. Elle est déjà vue comme hostile à l’entreprise et aux riches. Elle risque aussi d’être perçue comme anti-famille. Arnaud Montebourg a eu tort de parler, avec un certain mépris, d’une « poignée d’individus » mobilisés. Il n’y a aucune raison que la gauche recule sur le mariage gay. Mais qu’elle évite de traiter les manifestants comme des gosses turbulents ! Cette France sortie dans la rue n’a pas l’habitude de manifester. Elle est blanche, catholique, aussi urbaine que rurale, en grande majorité de droite. Pour elle, le mariage gay sert de révélateur pour toutes sortes d’angoisses et de colères identitaires.

C’est d’ailleurs un paradoxe: en ces temps de crise, la contestation ne se cristallise pas sur l’économie mais sur une réforme de société .

On ne peut jamais savoir d’où partira l’étincelle. C’est vrai que, contrairement à la Grèce, à l’Italie ou à l’Espagne, il n’y a pas eu en France de grandes manifestations contre l’austérité. Pour une raison simple : on n’a pas encore bu cette potion infecte ! Nicolas Sarkozy comme François Hollande ont saupoudré les efforts, pour ne pas « étouffer la croissance » - on voit le résultat – et ne pas traumatiser la société. C’est pour ça qu’aujourd’hui, l’UMP se joint aux cortèges contre le mariage gay. Une réforme de société, c’est du clivage politique traditionnel, au gros feutre. Hors de question de se faire déborder par la base. Mais en vérité, l’UMP ne sait plus où elle habite. Les blessures de son scrutin interne sont encore béantes. Et puis, l’UMP navigue à vue parce que le parti refuse de faire l’inventaire de la décennie 2002-2012. Qu’y a-t-il encore de commun entre Bruno Le Maire, Européen refusant tout flirt avec l’extrême droite, et ses collègues qui applaudissent Marion Maréchal-Le Pen à l’Assemblée ? Rien. Mais faute d’un arbitrage politique, on laisse le parti dériver par sa base. C’est exactement ce qui est arrivé aux Républicains, aux Etats-Unis.

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