Par Benjamin Sportouch, journaliste à l'Express

Au chapitre des bilans politiques, retour sur une dépêche AFP de septembre. Une dépêche qui vous interpelée ?

Oui, elle date du 20 septembre et elle nous vient de Londres. Que nous disait-elle ? Que le numéro deux du gouvernement britannique Nick Clegg s’est excusé publiquement. Non pas d’une attitude ou d’un mot déplacé dans une interview mais de ne pas avoir tenu une promesse de campagne. Son parti, les libéraux démocrates, s’était en effet engagé à voter contre une augmentation des droits d’inscription universitaires. Mais le gouvernement de David Cameron a fait voter une hausse de ces droits avec le soutien des Lib Dem. Nick Clegg a donc du faire machine arrière et il l’a reconnu sans barguigner. Je le cite : « nous avons fait une promesse, nous ne l’avons pas tenue et je m’en excuse ».

- Un mea culpa en bonne et due forme auquel nous ne sommes pas habitués en France

En effet. Il faut préciser qu’une semaine plus tard le vice premier ministre britannique avait radicalement changé de ton, se disant fier des réformes menées aux côtés des conservateurs de Cameron. Reste qu’il l’a fait et que c’est tout en son honneur. Comme il serait salutaire que nos responsables politiques se mettent aussi à parler un langage de vérité. En ce premier jour de 2013, j’ai fait un rêve. Je n’irai pas jusqu’à vous le dire en anglais pour ne galvauder les belles paroles d’un grand pasteur noir américain. Mais tout de même. Imaginons un instant François Hollande dire «je me suis trompé » ou «j’ai changé d’avis ». Par exemple en reconnaissant qu’il n’a pas respecté son engagement d’indexer le salaire minimum sur la croissance ou encore sa promesse visant à séparer les activités spéculatives des banques des activités de crédit. Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a cependant eu l’habileté de rester dans le flou pour ne pas être accusé de reniement. Reste qu’il y en a déjà eu et qu’on attend toujours qu’ils soient reconnus comme tels.

- Mais quel serait l’intérêt d’une telle opération vérité ?

La Vérité déjà, ce qui en soi et du point de vue de la morale politique ne serait déjà pas un mal. Il y a peut-être là un instrument de reconquête de la confiance des citoyens dont on sait qu’elle est de plus en plus ténue à l’égard des dirigeants. Plus prosaïquement, en matière de stratégie politique, la reconnaissance d’une erreur ou d’un revirement politique exprimées publiquement peuvent avoir l’avantage de désamorcer les reproches de l’opposition mais aussi de désarmer une extrême droite qui construit toute sa rhétorique sur le mensonge des partis de gouvernement. Et puis enfin, quand on voit le niveau d’impopularité de l’exécutif aujourd’hui, un peu de franchise ne devrait pas être un facteur des plus aggravants. Au contraire, elle pourrait avoir une vertu réconciliatrice. Le constat vaut aujourd’hui pour la gauche comme demain peut-être pour une droite au pouvoir. Qui sera le premier Nick Clegg français ? On attend de voir !

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