Par Etienne Gernelle, directeur de la rédaction du magazine Le Point

Pour Hollande, c’est le moment de trancher.

jean-marc ayrault promet aux députés ps de mieux les associer aux décisions gouvernementales
jean-marc ayrault promet aux députés ps de mieux les associer aux décisions gouvernementales © reuters

Maintenant qu’il n’y a plus Jérôme Cahuzac, c’est au Président de la République de reprendre le scalpel. Plus sérieusement, c’est sur ses orientations, et donc sur son équipe, que Hollande doit trancher. On assiste peut-être au crépuscule de la synthèse.

Le fossé qui divise la majorité ne cesse de s’agrandir. D’un côté, les réformistes, dont Pierre Moscovici, Michel Sapin, Bernard Cazeneuve, Emmanuel Macron et dans une certaine mesure, Jean-Marc Ayrault.

De l’autre, les anti-rigueur. On y trouve Arnaud Montebourg, Claude Bartolone, dans une certaine mesure Aquilino Morelle, celui qui occupe le bureau à côté de celui du président à l’Elysée. Et puis, bien sûr, toute une ribambelle de parlementaires : Jérôme Guedj, Marie-Noëlle Lienemann, etc. Notez que dans ce camp-là, ils sont plusieurs, notamment Montebourg et Bartolone, à avoir laissé échapper quelques saillies à la limite de la germanophobie.

- Et d’après vous, les deux camps ne peuvent pas se réconcilier ?

Plus vraiment. Il y a un an, Hollande a pensé que c’était possible. Maintenant que la situation économique s’est dégradée, les décisions doivent être plus claires, plus courageuses. Et donc beaucoup plus difficiles à accepter pour la partie la plus à gauche de sa majorité.

Et puis le souvenir de Sarkozy s’effaçant peu à peu, le ciment de l’antisarkozysme s’effrite, et il apparaît au grand jour que les deux camps de la nouvelle majorité appartiennent à des mondes différents. Ils ne parlent pas tout à fait le même langage.

On se retrouve un peu dans la situation de 1983, au moment du tournant de la rigueur de François Mitterrand, quand certains, au sein du PS, plaidaient pour une sortie du Système monétaire européen... L’histoire se répète. Mitterrand a tranché en 1983, assumant le tournant de la rigueur. François Hollande va être obligé de choisir. On ne peut pas très longtemps avoir une ligne politique crédible si des ministres la refusent publiquement.

-Et il a choisi d’après vous ?

En son for intérieur, très probablement. Et en faveur de la ligne réformiste. Cela s’est entendu dans son discours aux entrepreneurs lundi, on a entendu des accents très différents d’il y a un an. Le parfum qui s’en dégageait était celui d’une politique de l’offre. Plus d’accent guerrier contre les patrons, au contraire, de la compréhension.

Un certain nombre de ses amis le poussent à assumer publiquement son virage. Le problème, pour Hollande, c’est qu’à défaut de pouvoir imposer sa ligne sa ligne à tous les réfractaires, il faut élaguer. En bref, virer ceux qui ne croient pas à sa politique. Donc en faire des opposants.

Vous savez, il y a un proverbe chinois qui dit que choisir ses voisins est plus important que choisir sa maison… Hollande semble avoir choisi sa maison, il est urgent qu’il s’occupe un peu de ses voisins de tablée au Conseil des ministres…

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.