Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

Mario Monti
Mario Monti © Reuters / Alessandro Bianchi

C'est un homme politique pour lequel les Français ne voteront jamais. Et pour cause : il est italien. Cet homme s’appelle Mario Monti.

Ce technocrate austère qui porte des éternelles cravates bleues et des lunettes discrètes a bien trompé son monde. Celui que les Italiens appelaient le « Professeur » est petit à petit en train de devenir « Super Mario ».

Souvenez-vous. Monti a été appelé il y a un peu plus d’un an alors que son pays était au bord de la faillite pour remplacer en catastrophe Silvio Berlusconi. Et avec cette promesse : « je remets de l’ordre. Et ensuite, ciao… ».

En fait, il est aujourd’hui en piste pour diriger le prochain gouvernement après les législatives de février. Il a constitué une grande coalition centriste autour de son nom. Avec un programme qui se résume en deux mots : « du sang et des larmes ».

En clair : des réformes douloureuses, encore et encore. Il n’a évidemment pas partie gagnée en Italie, cure d’austérité et guerre contre la fraude fiscale obligent. Mais le parcours de cet homme, les Français ont tout intérêt à le regarder.

- Pourquoi faut-il se tourner vers l’Italie ?

Parce que l’inspiration de ses réformes, Mario Monti est allé la pêcher... justement en France. Monti était membre de la commission Attali mise en place en 2007 par Nicolas Sarkozy pour « libérer la croissance ». Souvenez-vous : cette commission de sages et d’experts faisait la liste des blocages économiques français. Et le catalogue des 200 ou presque mesures Attali prônait la libéralisation des professions protégées –vous savez les taxis, les notaires, les pharmaciens– en passant par le travail du dimanche, la « flexibilité » du marché du travail ou la fin du CDI…

Et lorsque Monti a imaginé sa feuille de route, il a tout simplement repris les travaux de cette commission dont il a été l’un des piliers…

Alors soyons juste : tout n’a pas fonctionné. Les taxis par exemple : Monti s’est cassé les dents dessus. Et aujourd’hui les tarifs des taxis italiens sont plus chers qu’il y a un an. Tout comme en France, où Sarkozy n’a pas résisté plus d’une journée à leurs manifs, Monti n’a pas réussi dans sa bagarre contre les taxis. Mais d’autres réformes autrement plus importantes pour l’économie du pays commencent à produire leurs effets. L’Italie n’est plus sous le feu des marchés. Et certains, en France, rêvent désormais d’un « Monti français » pour sortir l’hexagone de la récession…

- C'est-à-dire ?

Eh bien, même si ils ne le disent pas, certains songent sérieusement à jouer ce rôle. Dans le casting, je pense à Christine Lagarde à droite, requinquée après le désastre à l’UMP. L’entourage de l’ex-ministre de Sarkozy rêve ouvertement qu’après le FMI, Lagarde revienne faire de la politique. Je pense, à gauche, à Pascal Lamy qui quitte ses fonctions à l’Organisation Mondiale du Commerce dans quelques mois. Mais il y en a beaucoup d’autres pour jouer le rôle du technocrate qui vient redresser le pays.

Il suffisait de voir, il y a quelques semaines, une réunion très parisienne, dans le grand amphi de Sciences po à Paris où Mario Monti venait expliquer ce qu’il faisait en Italie. Il y a avait une armée de chef d’entreprises français, des amis de François Hollande, des intellectuels classés à droite…

Tous buvaient les paroles de Mario Monti comme du petit lait et rêvaient d’aller piller les recettes de « Super Mario » pour les appliquer en à la France.

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