Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Les différentes manifestations syndicales du 1er mai ont réuni hier 97.300 manifestants dans toute la France, selon les chiffres de la police [160.000 selon la CGT]

la cfdt ne défilera pas avec la cgt le 1er mai
la cfdt ne défilera pas avec la cgt le 1er mai © reuters

C’est un chiffre assez incroyable. Moins de 100 000 personnes mobilisées hier, alors que 324 défilés ou manifestations ont été organisées dans tout le pays. Cela fait à peine plus de 300 personnes par rassemblement, à peu près ce que contient une salle de cinéma.

100 000 personnes dans toute la France, c’est trois fois moins que la mobilisation des opposants à la loi Taubira en une seule manifestation nationale. C’est incroyable quand on connaît la situation sociale de la France, quand on a en tête que le chômage bat tous les records, que les plans sociaux se multiplient, que le gouvernement vient de faire volte face pour refuser une loi amnistiant les délits commis pendant les conflits sociaux. Pour mémoire, le 1er mai de l’année dernière, les manifestants étaient trois fois plus nombreux.

Pour comprendre cette démobilisation, il faut voir qui était présent dans les rassemblements hier: ceux qui n’ont rien à perdre (les fonctionnaires, qui ne veulent surtout pas qu’on touche à leur sécurité de l’emploi, à leur avancement à l’ancienneté, et à leur régime de retraite privilégié) et ceux qui ont tout perdu (les victimes de plans sociaux, de fermetures d’usine, qui sont prêts à se battre jusqu’au bout). Les autres, tous les autres salariés, ceux qui ont la chance d’avoir un emploi et ceux qui se résignent ou s’organisent avec le chômage, et ceux galèrent pour retrouver du travail, ne se sentent absolument pas concernés par le mouvement social.

- Il y a quand même une autre mobilisation, organisée dimanche par le Front de gauche.

Oui. On va voir combien de manifestants rassemblera Jean-Luc Mélenchon, mais il est clair que ce sont désormais les partis politiques, que ce soit le Front de gauche le 5 mai, ou le Front national hier, qui ont pris la main sur le front social. Les syndicats, eux, sont, au choix, muets ou inaudibles.

- Muets ou inaudibles ? Pourquoi cela ?

Il y a d’abord des raisons conjoncturelles, la CGT comme la CFDT ont de nouveaux patrons qui ne sont pas encore très médiatisés. Mais le fond du sujet, c’est que les syndicats ont choisi des stratégies qui ne correspondent plus aux attentes de la majorité des ouvriers et employés qui du coup sont totalement démobilisés. D’un côté vous avez la CGT et FO, qui se préoccupent d’abord du secteur public -qui forme le gros de leurs troupes- fonctionnaires, postiers, cheminots et qui sont déconnectés de la réalité sociale d’aujourd’hui, dans laquelle les salariés sont devenus très individualistes.

Et de l’autre coté vous avez la CFDT, qui fait le pari courageux de la négociation en signant avec le Medef un accord sur la flexibilité du marché du travail. Une attitude courageuse mais pas très mobilisatrice.

Et puis, vous avez Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui sont les vrais leaders syndicaux d’aujourd’hui. L’un et l’autre dénoncent l’austérité et la mondialisation sur tous les plateaux de télévision, et réclament une autre politique sociale. Mais le Front national a un avantage sur le Front de gauche : il va au bout de la logique d’antimondialisation en promettant d’en finir avec l’euro et l’immigration. Le temps où la gauche avait le monopole de la mobilisation de rue et du vote ouvrier est bien fini.

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