Par Romain Gubert, du Point

deux magistrats du pôle financier du tgi de paris chargés de l'affaire cahuzac
deux magistrats du pôle financier du tgi de paris chargés de l'affaire cahuzac © reuters

En fait, je ne vais pas m’étendre sur « l’affaire » elle-même. Plutôt que de tirer sur une ambulance, je veux parler de ces mensonges qui sont au cœur de la vie politique. Vous savez, ces petits mensonges de rien du tout évidemment moins graves, moins indignes et moins inacceptables que ceux de Jérôme Cahuzac. Ces petits mensonges qui font le sel de l’actualité. Vous vous souvenez c’est Nicolas Sarkozy qui nous racontait il n’y a pas si longtemps qu’il était au milieu des manifestants allemands en 1989 pour faire tomber le mur de Berlin.

Au printemps dernier, c’est François Hollande qui nous promettait qu’avec lui, en 2014, il y aurait 2% de croissance alors que tous les experts savaient que ce n’était pas vrai. Souvenez-vous aussi d’Eric Besson qui expliquant que le pays était le champion du monde de l’asile politique. Petit mensonge… encore de Pierre Moscovici il n’y a pas si longtemps qui affirmait que les efforts fiscaux reposaient à 80% sur les 1% de Français les plus fortunés… Un petit mensonge encore. Souvenez-vous de ce débat de la présidentielle… Les deux candidats, Nicolas Sarkozy et François Hollande s’y sont traités, l’un après l’autre de Pinocchio. « Quand on vient expliquer aux Français que l'ennemi c'est la finance, on ment. On ment matin et soir et ce mensonge n'est pas à l'honneur de celui qui le professe" disait Sarkozy. « Falsification, caricature, manipulation…" C’est ce que répondait François Hollande.

- Tout cela n’est pas comparable avec les énormes mensonges de Jérôme Cahuzac

Il ne s’agit pas de jouer les vierges effarouchées. Le mensonge en politique est vieux comme Machiavel. "En politique, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent » disait le vénérable Henri Queuille qui a fait des émules : François Mitterrand et Jacques Chirac étaient coutumier des contre-vérités. Mais c’était il y a un siècle et tout le monde saluait les artistes ! Sauf qu’aujourd’hui, le pays est en crise –elle n’est pas seulement économique et sociale. Mais aussi morale. Et le mensonge –même le plus anodin devient moralement inacceptable dans la bouche de ceux qui sont censés remettre le pays sur les rails. Si les journaux ces dernières années se remplissent de rubriques destinées à piéger ceux qui racontent des bobards, c’est justement parce que ces mini-mensonges si désinvoltes, si anodins, abiment le débat politique. Ils fragilisent la mission de l’élu et son statut. Tout le monde sait qu’un coup de baguette magique ne règlera pas les problèmes du pays. Et qu’il faudra des sacrifices. Mais, cela implique une contrepartie: la vérité! Le débat politique ne peut plus reposer sur ces petits mensonges de tous les jours. Si on veut éviter que le slogan « Tous pourris ! » fasse des heureux dans les urnes, il est urgent que les hommes politiques et d’ailleurs tous ceux qui ont la parole prennent conscience de leurs responsabilités. Ces petits mensonges désinvoltes font évidemment moins de mal à la démocratie que l’affaire Cahuzac. Mais ils l’abiment aussi.

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