Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

Pas de nationalisation temporaire du site de Florange : la bataille pour l’acier français a tourné en défaveur du gouvernement. Quels enseignements faut-il en tirer ?

L’affaire Florange, c’est d’abord le triomphe du réalisme sur le volontarisme. On a beaucoup glosé sur les déchirements au sein de l’UMP. Mais les socialistes sont eux aussi à un carrefour idéologique, porteur de grandes tensions. Le pacte de compétitivité du gouvernement l’a illustré : sans le revendiquer, François Hollande est l’homme de la rupture définitive avec le sur-moi marxiste. Autrement dit, avec l’idée révolutionnaire, fondatrice de la gauche. Seule les alliances électorales ponctuelles avec les communistes maintiennent un lien avec cette gauche radicale qui s’éloigne.

On le sait depuis 1983 : en matière économique, la gauche de gouvernement n’est pas très éloignée de la droite de gouvernement : les deux ont défendu l’euro et le marché libre européen, les deux prônent aujourd’hui une gestion plus rigoureuse de l’argent public, mais sans tuer la croissance. Les deux enfin veulent défendre la production française, laissée longtemps à l’abandon.

Seulement, une partie de la gauche, que vient de désavouer Hollande, reste tentée par la table renversée. Par la nuit du 4 août, par l’abolition des privilèges, par l’idée que la politique ne doit pas être de la simple gestion comptable. Cette idée, elle parle évidemment à tous ceux qui voient monter les vagues de la crise. 14% de Français sous le seuil de pauvreté, 3,6 millions de mal logés ou de sans abris, un million de chômeurs de plus en quatre ans. La situation est tellement grave que des mesures radicales sont tentantes.

- Donc, vous donnez raison à Arnaud Montebourg, qui prônait la nationalisation de Florange ?

Arnaud Montebourg a dit que cette nationalisation était une « arme de dissuasion massive ». Bof… en réalité, vue de l’Elysée, cette menace était un bluff. Un pétard mouillé aux mains d’une gauche domestiquée, aux relations compliquées avec les patrons. Craignant d’apeurer les investisseurs, elle veut donner des gages de sérieux et non de furie révolutionnaire. Le risque, quand on éveille un élan patriotique et qu’on le déçoit, c’est de passer pour impuissant.

Bien sûr, on peut se réjouir des 629 emplois de métallos sauvés. Mais lorsque le volontarisme produit si peu de résultats, il se démagnétise. Et tout le monde est perdant. Hollande et Ayrault, pour avoir feint une attitude guerrière face à Mittal. Arnaud Montebourg, bien sûr, le composteur des mauvaises nouvelles industrielles. Et enfin, c’est la politique elle-même qui se trouve de nouveau rabaissée à de la figuration.

On comprend l’amertume des ouvriers de Florange. Mais on peut aussi se demander si le gouvernement a choisi le bon combat. Evidemment, il n’y a aucun cadeau à faire à Mittal, qui n’a pas tenu ses engagements passés. On rêve tous d’un pouvoir politique qui reprendrait la main face aux grandes corporations carnivores. Mais est-ce à l’Etat de piloter les projets industriels ? Ne devrait-il pas se concentrer sur lui-même et sur ses missions élémentaires, aujourd’hui en péril : éduquer, soigner, protéger ?

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