Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

La bourse de Paris a gagné 2,55 % hier pour sa première séance de l'année. Cette très forte hausse a-t-elle une signification politique ?

Oui. Depuis deux jours, tout le monde, (sauf au PS évidemment), ironise sur l'optimisme dont a fait preuve François Hollande lors de ses vœux télévisés, quand il nous a expliqué que la France allait s'en sortir, que le chômage allait finir par baisser, que la croissance allait repartir, etc.

Eh bien, il y a au moins une catégorie de Français qui a pris au sérieux le Président : ce sont les boursiers qui ont démarré l'année en fanfare.

Et leur optimisme ne date pas d'hier. Le CAC 40 à gagné près de 15% l'année dernière. Pas mal dans un pays qui a frôlé la récession !

  • Comment expliquer ce paradoxe ?

    D'abord, il ne faut jamais oublier que les boursiers ne font pas de politique. Les traders ont sans doute été peu nombreux à voter pour Hollande à la présidentielle, mais la bourse de Paris a toujours fait bon ménage avec les socialistes au pouvoir.

Elle a raffolé de François Mitterrand et de Pierre Bérégovoy qui ont libéralisé les marchés financiers comme aucun gouvernement de droite ne l’avait fait avant eux. Pour en revenir à votre question, il peut en effet sembler paradoxal que la bourse montre quand l'économie est en crise. Mais le CAC 40 réunit des entreprises qui font l'essentiel de leur activité hors de France, dans des pays qui se portent mieux que nous.

Et puis, quand François Hollande affirmait lundi soir dans ses vœux que la zone euro avait été sauvegardée, il a raison.

Grâce à la BCE qui a ouvert le robinet du crédit tout grand en 2012, la crise financière apparaît derrière nous (en tout cas pour l'instant). Les marchés le savent, et ils apprécient.

  • La bourse qui repart à la hausse, c'est bon pour un président socialiste ?

    Pas sûr. D'abord parce que cela va donner à la gauche de la majorité (Jean-Luc Mélenchon et ses amis) l'occasion de dénoncer une politique qui favoriserait le "grand capital " comme disait le regretté Georges Marchais, en oubliant évidemment de rappeler que le CAC 40 vient de perdre la moitié de sa valeur en 5 ans.

Comme le mythe du licenciement boursier a la vie dure, on entend d’ici le Front de gauche affirmer que la finance prospère sur le dos des chômeurs français même si c’est faux puisqu’encore une fois, ce sont leurs succès à l’international qui font monter les entreprises cotées.

Mais au delà de l’exploitation politicienne, le contraste entre une bourse euphorique et une économie en crise profonde pourrait devenir socialement difficile à admettre pour les Français.

Vous savez, et le Chef de l’Etat l’a aussi rappelé dans ses vœux, que le fameux crédit d'impôt « compétitivité emploi » va entrer en vigueur des cette année.

Et toutes les entreprises employant de la main d’œuvre en France vont profiter de ce crédit d’impôt, y compris les entreprises du CAC 40 qui font de gros bénéfices. À gauche, cela risque de faire grincer bien des dents.

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