Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

Commission Européenne, Bruxelles
Commission Européenne, Bruxelles © Radio France

Passe d’armes entre François Hollande et la Commission européenne, la semaine dernière : il y avait comme un air de déjà vu.

Mais on la connait, cette pièce ! On l’a vue si souvent. Dans le rôle du méchant, Bruxelles. Dans le rôle du vaillant défenseur de la souveraineté nationale, le président français. On s’en souvient, Nicolas Sarkozy rudoyait les commissaires européens, sur l’économie et l’immigration. De façon plus ronde, François Hollande affirme que la Commission n’a pas à « dicter » à la France ce qu’elle doit faire.

Après avoir accordé à la France un délai supplémentaire de deux ans pour maitriser son déficit, elle lui a présenté une feuille de route, de tonalité libérale. Elle a mis en cause, par exemple, le niveau du SMIC et suggéré de déréglementer certaines professions. Mais elle a surtout conseillé à Paris de s’attaquer à des chantiers comme les retraites. Elle a eu le tort, c’est vrai, de préciser les modalités souhaitables, ce qui ressemblait à une mise sous tutelle. D’où la sécheresse de François Hollande.

Mais au fond, tout le monde sait que ce sont le gouvernement et les parlementaires français qui choisiront les principes d’un système pérenne. Pas besoin de chercher un bouc émissaire. Si la position de la France est si faible en Europe, c’est à cause de sa mauvaise gestion et de son économie anémique. Pas de Bruxelles.

- Coïncidence : cette passe d’armes avec la Commission intervient quelques jours après les appels de François Hollande à former un gouvernement économique européen.

Ce n’est pas une coïncidence. Depuis 20 ans, la gauche et la droite française se disent pro-européennes mais l’affaiblissent à la moindre occasion, en soustrayant la France à ses engagements. Cela dit, la pique présidentielle est en partie fondée : la Commission est un appareil hors sol, sans légitimité démocratique. Donc, tirons-en les leçons et sortons de ce paradoxe : les capitales n’ont plus leur force passée, mais elles rechignent toujours à construire une puissance commune.

Le problème est que l’économie s’est globalisée, mais pas la politique. Elle a été purgée non seulement des idéologies, ce qui est bien, mais même des idées, ce qui est mal. Il ne reste que la mécanique gestionnaire. Il faut refaire de la politique ! Car le risque est grand, et pas seulement pour les finances publiques et la croissance. Si les peuples votent contre l’Europe, parce qu’ils ne savent plus comment être entendus, les élections européennes en 2014 pourraient être un carnage.

Aujourd’hui, la Commission nous parle de « réformes » indispensables ; mais la crise et l’austérité rendent cette novlangue indigeste. On approche des 20 millions de chômeurs dans la zone euro. Ils sont 3,3 millions en France. Les peuples du sud ont été mis à genoux. Evidemment qu’il faut revoir notre système de retraites, mais pour des raisons démographiques, et pas sous la dictée ! En plus, ce mot de « réforme » est devenu radioactif, car les citoyens le perçoivent comme un mensonge caché. C’est un sirop qui sent la rose, avec un goût de cendres.

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