Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

François Hollande déclare la France responsable de la rafle du Vel' d'hiv
François Hollande déclare la France responsable de la rafle du Vel' d'hiv © Radio France

Y-a-t-il une politique étrangère de gauche ? La réponse est non. D’un président à l’autre, il y a des différences de tempéraments et de choix, mais ce n’est pas l’idéologie qui détermine la politique étrangère.

Surtout de nos jours ! Le monologue occidental, c’est fini. Nous sommes dans un monde en ébullition, où de nouvelles puissances menacent de nous transformer en musée.

Il faut donc être réactif, mais aussi voir au-delà de l’incendie du moment. Et là, le doute existe. Au-delà de la relation compliquée qu’a François Hollande avec Angela Merkel, on n’a pas la moindre idée, par exemple, de quelle Europe politique le Président appelle de ses vœux. Je ne parle pas des généralités sur la solidarité, la croissance, l’intégration. Non ! Concrètement, quelles structures, quelles frontières, quel horizon ?

Mais la principale critique contre le chef de l’Etat a été formulée par son prédécesseur. Cet été, Nicolas Sarkozy a souligné son inaction dans la crise syrienne. Là, c’est un procès très expéditif, car tous les experts de la région s’accordent à dire que l’équation syrienne est plus complexe qu’en Libye. Les conséquences d’une intervention pourraient être plus dramatiques que ses causes.

- D’ailleurs, François Hollande a déjà répondu à ces accusations de passivité

Oui. Le 11 août, le Président rendait hommage au 88ème soldat français mort en Afghanistan, le major Franck Bouzet. A cette occasion, il a dit ceci à propos de nos soldats déployés dans ce pays: « La France se bat, non pas pour son influence dans le monde, non pas pour ses intérêts, mais au nom de valeurs et de principes. » Ah, le retour des valeurs et des principes, contrairement à, suivez son regard, un certain Nicolas Sarkozy.

Seulement cette phrase ne tient pas la route. Soit François Hollande est naïf, ce que je ne crois pas une seconde. Soit sa volonté de se démarquer de Nicolas Sarkozy le pousse à prendre une posture morale qui lui reviendra en boomerang dès la première manœuvre suspecte. Evidemment que la France se bat pour son influence dans le monde. Evidemment qu’elle défend ses intérêts économiques, comme tous les pays. Encore heureux !

Alors, que choisir : les valeurs ou les intérêts ? Ce dilemme n’est pas que le nôtre. Il traverse toutes nos vieilles démocraties, où les opinions publiques peuvent demander des comptes aux gouvernants.

Au final, disons-le sans cynisme, il n’y a pas de pureté possible, seulement des compromis. Sinon, il faut s’engager dans l’humanitaire. Vous savez qui est l’un des alliés majeurs des Etats-Unis ? L’Arabie Saoudite, l’un des pays les plus rétrogrades au monde sur le plan des mœurs.

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