Par Guillaume Roquette, du Figaro Magazine

L'idée d'un remaniement ministériel fait son chemin désormais. Certains au PS l'envisageaient déjà avant l'affaire Cahuzac. A l'UMP Jean-François Copé l'a clairement réclamé hier. Est-ce une demande légitime ?

Oui, je pense que Copé a raison. Ou plus exactement, je pense que François Hollande n’a plus le choix. Il faut qu’il prenne une vraie initiative. Qu’il montre qu’il prend la mesure de l’immense colère que provoque dans le pays l’affaire Cahuzac. Bref, qu’il agisse. Il ne peut pas se contenter des mesurettes sur les conflits d’intérêt qu’il a annoncé hier entre deux portes et qui ne sont, pour reprendre l’expression d’Eva Joly, que du pipi de chat.

La situation est quand même grave. Entre le 4 décembre, jour de la publication des accusations de Mediapart et la démission de Jérôme Cahuzac, il s’est passé trois mois et demi sans que celui-ci ne soit inquiété le moins du monde. Si le procureur de Paris, François Molins, n’avait pas décidé de son propre chef d’ouvrir une information judiciaire contre le ministre du budget, celui-ci serait toujours installé à Bercy à nous jurer les yeux dans les yeux qu’il n’a jamais eu de compte en Suisse.

Sauf qu'un remaniement à chaud serait perçu comme une forme d’aveu de culpabilité de la part de François Hollande et de son gouvernement.

Regardons les faits. Comment peut-on croire le gouvernement quand il nous dit qu’il a enquêté librement sur la situation fiscale de Cahuzac alors que celui-ci était le patron de l’administration chargée d’enquêter sur lui. Ce n’est pas sérieux. Je vous rappelle d’ailleurs que notre confrère de Mediapart qui est à l ‘origine de cette affaire a accusé hier le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, d’avoir utilisé les moyens de l’Etat pour « tenter de blanchir de manière factice » l’ex-ministre du Budget. C’est gravissime.

Quant à François Hollande, il disposait depuis Noël d’une note du ministère de l’intérieur confirmant les éléments rendus publics par Mediapart et il n’a pris aucune initiative. Ce n’est pas acceptable.

Que peut-on peut reprocher d'autre à François Hollande si ce n'est d’avoir d'abord été trompé par Jérôme Cahuzac ?

Soyons précis : personne ne peut aujourd’hui accuser le Président de la République d’avoir couvert Jérôme Cahuzac ou étouffé l’affaire. Mais on peut lui reprocher, et les Français ne manqueront pas de le faire à mon avis, d’être une fois de plus resté passif face à un problème auquel il se trouvait confronté. D’avoir laissé pourrir la situation. De ne pas avoir pris ses responsabilités. Et de nous expliquer aujourd’hui qu’il n’y est pour rien et que ce n’est pas de sa faute. Au-delà du cas de Jérôme Cahuzac, cette affaire est dévastatrice parce qu’elle souligne une fois de plus l’indécision dont fait preuve le Chef de l’Etat. Indécision face à la crise, à la montée des déficits publics, à l’explosion du chômage.

François Hollande ne pourra pas éternellement nous expliquer que les problèmes vont finir par s’arranger et qu’il faut juste être patient. Après l’intervention présidentielle de jeudi dernier, François Fillon évoquait le risque d’une crise de régime. Jamais ce risque n’a été aussi grand. Il est temps que le Président de la République en prenne conscience.

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