Par Thomas Wieder, journaliste politique au quotidienLe Monde

Manifestations à Lisbonne dans plusieurs villes du Portugal contre l'austérité
Manifestations à Lisbonne dans plusieurs villes du Portugal contre l'austérité © REUTERS/Jose Manuel Ribeiro

La colère monte jour après jour à travers l’Europe.

Les peuples européens sont en plein désarroi et ils le font savoir de plus en plus fort. On l’a vu samedi avec les Portugais qui sont descendus dans la rue, ils étaient plus d’un million, pour protester contre le régime d’austérité qui leur est imposé. On l’avait vu il y a huit jours avec les Italiens, qui ont exprimé dans les urnes leur rejet de la cure de rigueur administrée par Mario Monti. Et on le voit en France où des voix de plus en plus nombreuses, et pas seulement chez les eurosceptiques de droite ou de gauche, s’élèvent contre le budget européen négocié à Bruxelles le mois dernier.

Quand on entend par exemple un Daniel Cohn Bendit dire qu’il est temps de « tirer la sonnette d’alarme » , il faut prêter l’oreille car il pointe ce qui guette en réalité l’ensemble du continent : une vague de colère puissante, qui a pour cause le chômage, pour cible l’austérité, et qui risque donc d’avoir pour principale victime la démocratie.

- Autrement dit, la crise est aussi une crise politique.

C’était au départ une crise économique, c’est devenu une crise sociale, et c’est bel et bien en train de se transformer en crise politique. Car au fond, qu’est-ce qui nourrit le désarroi des peuples ? L’austérité, bien sûr. Une austérité qui étouffe la croissance et entretient la misère, mais c’est bien plus que cela : derrière le rejet d’une politique, c’est le rejet de plus en plus partagé d’un système qui donne le sentiment que les dirigeants n’ont pas prise sur le destin des nations qui les ont démocratiquement élus.

C’est ce que les Portugais ont voulu dire en ciblant dans leurs manifestations la troïka, c’est-à-dire le trio formé par la Commission, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire internationale. C’est ce que les Italiens ont exprimé en chassant du pouvoir un Mario Monti en qui ils voyaient l’exécutant des ordres de Bruxelles. Et c’est ce que les Français sont de plus en plus nombreux à penser de François Hollande, lui qui donne l’impression de calquer son agenda sur les exigences de l’Union européenne, notamment en matière de réduction des déficits.

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- Est-ce un risque pour la démocratie ?

Oui, car tout cela conforte au fond une idée, à savoir que le pouvoir n’appartient plus à ceux qui sont élus pour l’exercer, mais qu’il est ailleurs, dans les mains des technocrates ou dans les salles de marché qui imposent leurs lois.

Dès lors, il y a urgence. Urgence non pas de rompre avec l’Union européenne, comme le propose avec démagogie Marine Le Pen, mais urgence de mettre plus de démocratie là où le pouvoir se trouve, c’est-à-dire au cœur des institutions communautaires.

Rappelons qu’il y a des élections européennes dans un peu plus d’un an, et il faut espérer que les dirigeants, à commencer par François Hollande, auront le courage de porter ce grand projet de démocratisation, car s’ils ne l’ont pas, ce courage, ce n’est pas seulement l’Europe communautaire qui risque d’en prendre un coup, mais les démocraties nationales elles-mêmes qui pourraient en payer le prix fort.

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