Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Villeneuve quartier Arlequin
Villeneuve quartier Arlequin © Radio France

Retour sur le drame d’Echirolles, dans la banlieue de Grenoble, et la mort des deux jeunes gens qui ont été enterrés hier.

D’abord, et même si c’est un peu dérisoire à côté de cette dramatique affaire, je crois que l’on peut se réjouir qu’elle n’ait pas fait l’objet d’une récupération politique. Personne n’a accusé François Hollande ou Manuel Valls ou qui sais-je d’une part de responsabilité dans ce drame, et c’est heureux.

Le Président de la République était dans son rôle en se rendant sur place en début de semaine pour rencontrer les familles. Le Chef de l’Etat incarne le pouvoir exécutif, mais il est aussi l’interprète des sentiments de la nation et à ce titre, il était bon qu’il se déplace. Quand Nicolas Sarkozy faisait la même chose, on l’accusait de faire de la politique spectacle. On avait tort.

- Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’exploitation politicienne de ce fait divers ?

Parce qu’à mon avis, ce n’est pas un fait divers. Un fait divers, comme son nom l’indique, est une information qui ne présente pas d’intérêt général, qui est en quelque sorte anecdotique, même si elle est tragique. Or, à mon avis, ce n’est pas le cas de la tuerie de Grenoble.

C’est pourquoi, sans être récupérée politiquement, elle doit être analysée politiquement, parce qu’elle dit quelque chose de l’état de notre société.

D’abord parce que ce drame ne s’est pas passé n’importe où, mais dans une banlieue qu’il est convenu d’appeler, sans doute par antiphrase, un quartier « sensible ». Une banlieue dans laquelle il y avait déjà eu trois nuits d’émeute il y a deux ans.

La plupart des agresseurs présumés des deux jeunes gens viennent du quartier de la Villeneuve, un modèle d’urbanisme conçu avec des espaces verts et des équipements intégrés (commerces, services publics), qui s’est dégradé progressivement. Comment a-t-on laissé une minorité de jeunes violents prendre le contrôle de leur quartier, avec le développement de trafics d’armes et de drogues ?

Après les émeutes de 2010, la réponse a été sociale, avec l’arrivée d’animateurs et autres médiateurs. Elle était totalement à côté de la plaque dans un environnement aussi violent.

Le lynchage de Grenoble n’est pas un fait divers, parce qu’il illustre la banalisation de la violence dans notre société, dont on a de nouveaux exemples tous les jours. On ne peut plus se contenter de déclarations indignées et de marches blanches. Il faut une réponse pénale.

- C’est-à-dire ?

Les jeunes délinquants ne sont pas des victimes de la société, ce sont des individus responsables de leurs actes, même s’ils sont mineurs. Je vous rappelle que les moins de 18 ans sont responsables de 50% des vols avec violence, et de 25% des viols.

Quand la garde des Sceaux supprime les tribunaux correctionnels pour mineurs, quand elle traite de « fantasme », l’utilisation des centres éducatifs fermés pour lutter contre la délinquance juvénile, elle envoie, même malgré elle, des signaux d’impunité aux jeunes voyous.

Personne n’a de solution toute faite pour éviter les drames comme ceux d’Echirolles, mais le premier devoir de l’Etat est de ne pas baisser la garde. Je crains que ce soit justement ce qui est en train de se passer.

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