Par Benjamin Sportouch , journaliste au magazin e L'Express

Retour sur un extrait de l’entretien de François Fillon paru fin août dans Le Point Je ne vous cache que je l’ai découvert après coup à mon retour de vacances. Que nous dit l’ancien Premier ministre ? « A partir de 2011 nous avons enclenché une véritable politique de rigueur » ? Rigueur, le mot tabou pour nos chers politiques.

Rigueur
Rigueur © Radio France

François Fillon avait eu le courage de le prononcer à l’été 2011. Mais il s’était bien gardé de le répéter, après un oukase de Nicolas Sarkozy qui l’avait rangé dans la case des mots interdits. Faut-il donc attendre que nos responsables quittent le pouvoir pour nous dire, a posteriori, la vérité de leurs actes ? Les Français ne sont-ils pas assez adultes pour se confronter à la réalité de la crise ? C’est privilégier là une vision infantilisante du rapport aux citoyens. Il n’y a rien de pire pour dévaloriser la parole publique et altérer le lien entre dirigeants et administrés. - En la matière « le changement ce n’est pas maintenant » En effet, la langue de bois pour ne pas dire la langue de béton a survécu à l’alternance. Jean-Marc Ayrault a affirmé dimanche sur cette antenne qu’il ne serait pas « le Premier ministre de l’austérité ». Il ne prend pas beaucoup de risques.

Jean-Marc Ayrault n’aura pas besoin d’accomplir un virage à 180 degrés puisque la rigueur n’attendra pas. Elle sera, à n’en pas douter, la marque de fabrique du budget 2013. Pour une simple et bonne raison : le respect des engagements européens de la France. Mais chut, il ne faut pas prononcer le mot qui fâche. De peur d’effrayer ces Français si fragiles, si inquiets.

Et pourtant, le pire serait de faire sans dire. Il ne suffit pas de reconnaître, comme l’a fait François Hollande, que la situation est « exceptionnelle ».

Une fois le diagnostic posé, il faut que l’exécutif assume ses décisions.

Sans barguigner, sans faux semblants, sans tour de passe-passe. La rigueur est le résultat d’une baisse des dépenses et d’une augmentation des recettes, notamment par l’impôt. C’est ce qui nous pend au nez. Inéluctablement.

François Hollande et son Premier ministre seraient encore plus fautifs que leurs prédécesseurs s’ils refusaient d’appeler un chat un chat. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’ils n’ont pas dans l’année qui vient d’échéances électorales à affronter. Dans l’amas de difficultés, c’est une aubaine pour le gouvernement tant on sait qu’une élection empêche trop souvent l’action. D’ici le printemps 2014, ils ont donc tout le temps de parler un langage de vérité et d’en faire la pédagogie.

La politique se fait parfois à fronts renversés. Laurent Fabius a récemment souhaité que Bachar el Assad, je le cite « dégage ». Qui pouvait s’attendre à un vocabulaire si peu diplomatique dans la bouche du ministre des Affaires étrangères ? Ce franc parler salutaire devrait inspirer la communication du gouvernement.

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