Par Marcelo Wesfreid, journaliste politique au magazineL'Express

jean-marc ayrault se pose en chef de l'équipe gouvernementale
jean-marc ayrault se pose en chef de l'équipe gouvernementale © reuters

Jean-Marc Ayrault revient sur le devant de la scène.

Il y a deux mois à peine, on se demandait si Jean-Marc Ayrault allait rester à son poste. Ses jours, vous vous en souvenez, étaient comptés après l'épisode de Florange. Le petit jeu, c'était alors de savoir qui allait le remplacer. Et finalement, le Premier ministre a résisté et, même, il a fait plus que résister puisque aujourd'hui, personne n'imagine de remaniement avant les municipales, en 2014.

- Comment a-t-il réussi à retrouver son autorité aussi rapidement ?

Depuis janvier, il s'est posé en chef d'équipe en organisant un nombre incalculable de séminaires, de déjeuners en tous genres, de dîners avec ses ministres… Il s'est rendu au Bureau national du PS, il y a une semaine, pour resserrer les rangs autour de lui.

Il va partout : il est allé rencontrer le groupe écologiste à l'assemblée nationale. Cette semaine, il doit consulter les groupes parlementaires de l'opposition pour essayer de les faire changer d'avis sur le droit de vote des étrangers –ce ne sera pas facile.

Il a aussi, incontestablement, fait des efforts de communication.

Sur le plan politique, il ne se cache pas derrière son petit doigt et affiche fièrement ses idées –des idées sociales-démocrates. Il assume la baisse du coût du travail. Il ne jure que par la "négociation" avec les partenaires sociaux. Mais son problème, son éternel problème, c'est qu'il n'imprime pas dans l'opinion publique, il n'arrive pas à se faire entendre.

- Comment expliquer cette difficulté à trouver un espace ?

Ce n'est pas qu’une question de charisme. Exister pour un premier ministre sous la Vème République, dans un régime qui vit au rythme des médias, c'est une mission quasiment impossible…

Il se retrouve avec, au-dessus de lui, un chef de l'Etat omniprésent au plan national et bien sûr, au plan international. Il a un ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui est sur tous les écrans à cause de la guerre au Mali. Sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, est partout sur le mariage gay.

Oui, Ayrault est revenu, c’est un revenant mais dans tous les sens du terme, avec un petit côté fantôme, une ombre qui passe en arrière-plan. Par exemple, son déplacement de cinq jours en Argentine et au Chili, à la fin de janvier, est passé totalement inaperçu. Et si on est un peu cruel, qu'a-t-on retenu de sa visite au Cambodge, ce week-end ? Pas grand chose, juste un nouveau couac gouvernemental.

Vous le savez sans doute, en marge de son déplacement, le Premier ministre a recadré sa ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, sur la procréation médicalement assistée, la fameuse PMA. La ministre avait dit que la question serait examinée en mars. Le chef du gouvernement a corrigé depuis Phnom Penh, en disant qu’on ne pouvait pas donner de date.

La vie de Premier ministre est vraiment ingrate !

On a un chef d'orchestre qui occupe toujours plus l'espace, c'est François Hollande. Et un chef de gouvernement qui encaisse les coups, plus ou moins stoïquement, loin de l’avant-scène. Dans les prochaines semaines, Ayrault doit gérer le non cumul des mandats, l'accord sur l'emploi, la réforme de l'école, de la protection sociale, la lutte contre les déserts médicaux… Bref, que des obstacles à franchir. Bon courage, monsieur Ayrault !

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