Par Romain Gubert, journaliste à l'hendomadaireLe Point

Retour sur la politique fiscale de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, et notamment cette décision, lundi, de raboter le quotient familial.

françois hollande juge la baisse du quotient familial juste et efficace
françois hollande juge la baisse du quotient familial juste et efficace © reuters

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont choisi de ne pas toucher aux fameuses « allocs » et de ne pas les moduler en fonction des revenus –ce qui aurait été une remise en cause du principe d’universalité. Ils vont baisser le quotient familial et donc augmenter les impôts de ceux qui, grâce à leurs enfants, bénéficient à plein de cette « ristourne » fiscale. Un peu plus d’un million et demi de familles. C’était sans doute ce qui était le moins couteux et le plus confortable politiquement. Mais c’est pourtant une véritable erreur. François Hollande s’est trompé de cible.

- Pourquoi ?

D’abord parce que le déficit de la branche famille -2 milliard et demi cette année, est en réalité un « faux » déficit. Les prévisions sont formelles : elle devrait revenir « naturellement » à l'équilibre d’ici cinq ans parce, dans ce domaine, les recettes augmentent plus vite que les dépenses. Mieux, compte tenu de la démographie, cette « branche famille » devrait même être bénéficiaire de 8 milliards en 2025 nous disent les experts.

Ensuite, parce que le « déficit » est dû à une série de mesures techniques prises par les gouvernements de droite et de gauche ces dernières années qui ont toutes consisté à chiper ici ou là quelques millions de ci de là à la branche famille qui ne se portait pas si mal…

Mais ce n’est pas le problème. L’erreur de Hollande n’est pas une mauvaise manip de calculette. Là où il se trompe, c’est qu’il demande aux seules familles – certes les plus aisées d’entre elles, de combler « leur » déficit. Or, si chacun est libre d’avoir des enfants ou pas, le principe de l’impôt, c’est justement la redistribution. Ceux qui travaillent cotisent pour ceux qui n’ont pas d’emploi. Les jeunes actifs cotisent pour les retraités. Ceux qui sont bien portants financent le système de santé. Et ainsi de suite…

- Pour trouver des solutions de financement, le gouvernement aurait dû taxer l’ensemble des Français ?

Oui, c’est exactement ça. La politique familiale est destinée 0 rééquilibrer les différences de pouvoir d’achat entre les ménages sans enfants et ceux avec enfants, que leurs revenus soient modestes ou pas. Il faut savoir qu’en moyenne, le niveau de vie d’un ménage –riche ou pas, avec un enfant diminue de 13 % à la naissance de son premier enfant. Même après impôts et transferts sociaux divers et variés, le niveau de vie d'une famille en couple avec trois enfants ou plus est en moyenne inférieur d'un quart à celui d'un couple sans enfant.

Pour trouver deux petits milliards, François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sont donc attaqués à quelque chose qui ne marchait pas si mal. Eh oui… Contrairement aux retraites ou à notre système de santé, personne –ni les marchés financiers, ni Bruxelles- ne demandait à la France de remettre en état sa politique familiale. Pensez donc : même l’Allemagne, ce modèle chanté par tous sur tous les tons, nous envie notre politique familiale et notre démographie.

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