Par Benjamin Sportouch, journaliste àL'Express

Les partis politiques servent-ils encore à quelque chose ?

l'ump organisera des primaires ouvertes en vue des municipales à paris
l'ump organisera des primaires ouvertes en vue des municipales à paris © reuters

On peut en effet légitimement s’interroger quand on voit ce qui se passe des deux côtés de l’échiquier politique. A droite tout d’abord, plusieurs ténors de l’UMP contournent le parti pour se mettre à leur propre compte. Le dernier en date, c’est François Fillon. Il a annoncé la semaine dernière le lancement de son club Force Républicaine. Quant à Jean-François Copé, il est certes le président de l’UMP, mais en parallèle, il entretient son réseau d’antennes de son mouvement, Génération France, sur tout le territoire.

Le leadership naturel n'appartient plus forcément à celui ou celle qui dirige le parti. A chacun sa petite entreprise. Et les personnalités de droite ont retenu la leçon de la primaire socialiste. Après quatre ans à la tête du PS, Martine Aubry a dû s'incliner devant François Hollande.

- Les primaires auraient donc transformé la donne ?

Sans aucun doute. Et au détriment des partis. Conséquence : leurs dirigeants se transforment en gestionnaires. C'est le cas de Harlem Desir au PS. Son autorité n'est que symbolique.

Le Premier secrétaire veut forcer le gouvernement à appliquer le non cumul des mandats dès 2014, dès l’année prochaine. Mais il y a peu de chances qu'il soit entendu. Et pourtant, les militants socialistes en avaient voté l’idée. Une preuve de plus de l'affaiblissement des partis, incapables de s'imposer en vigie du travail gouvernemental.

- Cela dit, les partis politiques restent incontournables au niveau local ?

C'est bien là la dernière fonction des partis : les investitures. Une machine à produire des étiquettes. Mais là aussi, ils ont perdu de leur toute puissance. Les primaires se multiplient localement et un baron implanté depuis longtemps peut à tout moment vaciller. Sans compter ceux qui partent en dissidence et qui arrivent à être élus malgré l’absence de logo sur leurs affiches.

- Après tout, ces candidatures spontanées qui passent travers les mailles des filets politiques, c'est plutôt encourageant pour la vitalité de la politique.

A priori, on peut estimer que c’est une bonne nouvelle pour le renouvellement de notre personnel politique. Plus obligé de passer par le filtre d’une structure partisane pour espérer percer.

Sauf que, revers de la médaille, les primaires à tous les étages ont relégué les partis au rang de simples organisateurs de rivalités individuelles. Fini le rôle d’incubateurs d’idées qu'ils remplissaient dans le passé.

Le quinquennat a aussi amplifié les ambitions et, on le voit aujourd’hui à droite, les candidats potentiels se lancent déjà en campagne. Chacun dans son coin, ce qui encourage la surenchère médiatique au détriment de la réflexion collective.

Le risque d’une hyperpersonnalisation autoritaire existe. En Italie, l’ancien humoriste Beppe Grillo a réduit son mouvement 5 étoiles à la portion congrue. Il a voulu incarner seul des idées dont il a lui-même accouché. Au final, un corpus idéologique fortement teinté de populisme qui disqualifie l'idée même de parti.

L’Article 4 de notre Constitution stipule que « les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage ». Les partis sont l'antichambre du débat public. Certes ils coûtent de l'argent et en cette période d’austérité, ils pourraient faire les frais de coupes budgétaires. Si tel est le cas certains s'en réjouiront. Mais attention, souvent ce ne sont pas les plus démocrates.

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