Par Piotr Smolar, jounaliste au quotidien Le Monde

Le couple franco-allemand : un pilier de l'Europe bien fissuré

Depuis quelques semaines, on a l’impression que l’Europe se trouve moins dans la seringue, tout ça parce que la Banque centrale européenne s’est enfin dite prête à racheter, si nécessaire, les dettes d’Etats de la zone euro. Or il n’y a rien de plus faux : ce n’est qu’un répit.

Une des nouveautés les plus inquiétantes est le dialogue de sourds entre Paris et Berlin. Derrière la façade des communiqués rassurants et des bises entre Angela Merkel et François Hollande, la réalité est toute autre. Aujourd’hui, le « couple franco-allemand » est une expression vidée de son sens. Le divorce n’est pas annoncé, mais il est évident. On assiste à un bras de fer entre deux puissances européennes qui n’arrivent pas à trouver un compromis sur la sortie de crise. Les petits calculs mesquins, la donne personnelle et des divergences fondamentales se mêlent.

Prenons François Hollande. Il a voulu, dès le départ, se distinguer de l’approche de Nicolas Sarkozy, qui avait fini par ériger l’Allemagne en modèle à suivre. François Hollande, lui, a cherché sans le dire à se distancer de Berlin, en l’encerclant, avec le soutien des pays du sud comme l’Italie et l’Espagne. La tactique a rencontré peu de succès, puisque les Allemands n’ont guère bougé sur l’idée de relance par la croissance. Mais la méfiance de Berlin s’est encore accentuée vis-à-vis de nous.

  • Donc, au final, la méfiance est mutuelle et les torts partagés.

    On peut dire ça. Les Allemands estiment que Paris ne bouge pas d’un pouce en matière de réformes, de reformatage de l’Etat, d’économies dans les dépenses publiques. En somme, nous serions dans le déni. Le faible taux de nos emprunts étatiques ne ferait que reculer l’échéance inévitable de l’austérité, la vraie.

    Du côté de Paris, on considère que les Allemands ne jouent guère le jeu du partenariat, en coulant par exemple la fusion entre EADS et le Britannique BEA, qui aurait permis de créer le numéro 1 mondial de l’aérospatiale. Et puis, la France estime que le dogmatisme allemand sur la rigueur absolue devient intenable, dans un tunnel de récession long de plusieurs années.

    Les motifs de tension se multiplient. Angela Merkel souhaite par exemple que Bruxelles ait un droit de supervision sur les budgets nationaux, pour mettre un terme aux dérives du passé. Mais Paris refuse une telle perte de souveraineté sans référendum, dont personne ne veut.

    Les deux pays vont passer un teste de crédibilité, avec les négociations sur le futur budget de l’UE pour 2014-2020. Une majorité de pays contributeurs veulent le réduire, en commençant par la politique agricole commune. Impossible ! dit la France. Un compromis devra être trouvé lors d’un sommet européen exceptionnel les 22 et 23 novembre. Sinon, l’Europe donnera une nouvelle image un peu triste d’elle-même.

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