Par Anna Cabana, Grand Reporter au magazine Le __ Point

En cette rentrée, ce qui se passe à droite, au fond, c’est la seule bonne nouvelle pour François Hollande. Ça les amuse beaucoup, à l’Elysée, de voir la guerre que se livrent François Fillon et Jean-François Copé.

Hier, nous avons eu droit, à quelques heures seulement d’intervalle -et cette concomitance est tout sauf un hasard…- à une conférence de presse de François Fillon et Christian Estrosi pour annoncer qu’Estrosi soutenait Fillon, et à un café politique où Jean Sarkozy a dit tout le bien qu’il pensait de Copé, en sa présence. Copé et Fillon se marquent à la culotte. Fillon savait que Copé allait avoir droit à des mots doux du fils Sarkozy ; aussi a-t-il, juste avant, dégainé le soutien d’un sarkozyste historique, Estrosi, secrétaire général de l’Association des amis de Sarkozy.

- C’est un concours pour désigner le plus sarkozyste ?

C’est étonnant, n’est-ce pas, de feindre de se disputer les morceaux de la vraie croix sarkozyste, alors qu’il y a quatre mois moins un jour, ce n’est pas François Hollande qui gagnait l’élection présidentielle, mais Nicolas Sarkozy qui la perdait… C’est le rejet de Sarkozy qui a fait perdre la droite et les voilà qui jouent à plus sarkozyste que moi tu meurs.

A ce petit jeu, Copé a plusieurs temps d’avance. C’est lors de son déjeuner avec Sarkozy et Brice Hortefeux au Cap Nègre, le 24 août, qu’il « deale » avec l’ancien président cette phrase qu’il prononcera le 2 septembre sur BFM TV : « Quelle que soit sa décision, je serai aux côtés de Nicolas Sarkozy. »

En clair : s’il est candidat, je ne le serai pas. En échange de ce virage sarko-sarkozyste de Copé-coller, Brice Hortefeux, l’âme damnée de Sarkozy, s’est rangé derrière Copé –de façon non encore officielle– c’est de cela que les trois hommes ont discuté, lors de leur déjeuner au Cap Nègre. Ce déjeuner-là, et la publicité qui en a été faite, c’est un acte de bienveillance subliminal de Sarkozy à Copé. Car Fillon, lui, n’a pas été invité au Cap Nègre...

- Cette bienveillance de Sarkozy est-elle un avantage pour Copé ?

Si l’opinion publique est très sévère avec Nicolas Sarkozy, les militants de l’UMP l’aiment. Le pari de Copé, c’est que ce sont les militants qui votent pour choisir le président du parti.

A l’inverse, le pari de Fillon, c’est que les Français ne voudront pas d’un Sarkozy bis, d’un clone de l’ancien président, avec le même culot transgressif et agité, le même sans gêne politique, le même comportement prêt à tout et fier de l’être. Si Fillon a obtenu le ralliement d’Estrosi, c’est pour avoir un alibi sarkozyste, pour que Copé ne puisse plus se répandre partout en l’accusant de faire de l’anti-sarkozysme. La vérité sort de la bouche d’un de ses proches – je le cite : « Fillon n’a pas besoin de singer Sarkozy, les Français l’associent mécaniquement à toutes les bonnes réformes du sarkozysme. De toute façon, François considère que Sarkozy est un boulet pour la droite. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit…

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