Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Je pense que ces conséquences seront très importantes. D’abord au sein même de l’équipe gouvernementale. En imposant un accord avec Mittal, Jean-Marc Ayrault a (c’est une première) affirmé clairement son autorité en désavouant un de ses ministres vedettes, Arnaud Montebourg, qui ressort décrédibilisé de ce dossier. Quant à François Hollande, il a donné une fois de plus le sentiment de louvoyer pour ne se fâcher avec personne, une attitude pas très présidentielle.

Mais au-delà des conséquences sur la crédibilité gouvernementale qui n’en sortira pas grandie, il s’agit d’un vrai tournant de politique économique, peut-être aussi important que la mise en place d’une TVA sociale pour financer les baisses d’impôts consenties aux entreprises.

La semaine dernière, avec le projet de nationalisation de Florange brandi par le ministre du Redressement productif, la gauche, les syndicats (mais aussi une majorité de Français si l’on en croit un sondage), ont cru que le socialisme du XXème siècle était de retour, celui de 1981.

L’Etat allait faire céder le grand patronat, multinational qui plus est.

Et puis, patatras, Jean-Marc Ayrault a interrompu le film avant la fin : pas question de nationalisation.

Factuellement, le Premier ministre a eu raison d’affirmer hier soir sur France 2 qu’il avait obtenu de Mittal un bon accord, excluant tout licenciement.

Mais symboliquement, c’est une lourde défaite pour la gauche, puisqu’il n’y aura pas de nationalisation et que les hauts fourneaux seront arrêtés. Le volontarisme industriel incarné par Arnaud Montebourg a été battu en brèche, soulignant l’impuissance du pouvoir face aux effets de la crise. Dans une période de hausse continue du chômage, cela risque de coûter cher électoralement à la gauche.

- Mais il n’y a pas que la gauche qui soutenait le projet d’une nationalisation temporaire du site de Florange. A droite, Henri Guaino, Thierry Breton ou Jean-Louis Borloo étaient sur la même ligne.

C’est vrai et ce n’est pas surprenant. La gauche française n’a jamais eu le monopole de l’interventionnisme étatique.

De Colbert à De Gaulle, l’Etat, qu’il soit dirigé par la gauche ou par la droite, a toujours voulu dicter sa loi au secteur privé.

Pas plus tard qu’hier, une députée du R-UMP interpellait le Premier ministre à l’Assemblée en lui demandant « comment contraindre Mittal d’investir dès 2013 ? ».

Il serait temps de comprendre, à gauche comme à droite, que le temps n’est plus où l’on pouvait contraindre les entreprises à investir, sous prétexte qu’on leur avait donné des subventions.

De nos jours, tous les pays du monde subventionnent les grandes sociétés privées pour les attirer chez eux ou pratiquent le dumping fiscal dans le même but, sans être pour autant en mesure d’exiger des contreparties.

Avec la mondialisation, le rapport de force entre les Etats et le secteur privé s’est inversé. Même si les Français, à commencer par Monsieur Montebourg, ont visiblement du mal à l’accepter.

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