Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

François Hollande devant le Parlement européen
François Hollande devant le Parlement européen © Patrick Seeger/MAXPPP

Il faut que vous le sachiez… C’est la faute à l’euro ! La France ne va pas très bien et c’est la faute à l’euro! C’est le message de François Hollande hier à Strasbourg. Et c’est le message de chaque président de la République depuis la création de la monnaie unique il y a un peu plus de dix ans. Souvenez-vous de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne de 2007. Il condamnait « l’indifférence » et « l’autisme » de la Banque centrale européenne. Jacques Chirac, c’était pareil. Le pouvoir d’achat en berne, la faiblesse des exportations, les délocalisations.

C’était la faute des « gnomes de Francfort » (je cite) ! François Hollande n’a donc pas fait preuve de beaucoup d’originalité pour trouver un bouc émissaire idéal.

- Mais tout de même, on l’a vu pendant la crise de la zone euro, la monnaie unique n’est pas exempte de critiques.

Soyons clairs, bien des critiques face à la politique de la BCE et de la monnaie uniques sont évidemment et ô combien recevables. Les responsables de la BCE sont obtus. Pas assez transparents. Leur communication est inexistante. Plus grave, et la crise l’a prouvé de façon spectaculaire : l’économie européenne n’est pas encore assez intégrée et ressemble parfois à un bateau ivre. Autre tare : l’absence d’un véritable « gouvernement » économique européen qui pourrait faire des choix stratégiques clairs. Surtout en période de récession. Mais tout de même… Faire de l’euro la cause de toutes les difficultés économiques françaises, c’est injuste et faux.

- Pourquoi ?

Il est incontestable que l’économie européenne souffre et ne parvient pas à exporter suffisamment en Asie et aux Etats-Unis. Mais le diable se niche dans les détails. Prenons notre fameux déficit commercial, celui de l’hexagone. 66 milliards d'euros sur les douze derniers mois. Et 75 milliards en 2011… Ce qu’il faut savoir, c’est que celui-ci est principalement dû à nos échanges avec nos voisins européens. Pour près des deux tiers. Et notamment à nos échanges avec notre principal client et fournisseur : l’Allemagne (210 milliards d'euros d’excédent, soit plus que l'excédent chinois).

Eh oui ! La France commerce principalement avec des pays européens qui, eux aussi, ont adopté la monnaie européenne. A tempêter contre l’euro fort, nos politiques oublient que plus de la moitié du déficit du commerce extérieur français est en réalité généré par ses échanges intra-européens où l’on utilise aussi « l’euro fort ».

Il s’agit donc pour la France d’abord d’un problème de compétitivité et d’adaptation de son économie. Et cela n’a donc strictement rien avoir avec l’euro. La vérité, c’est que l'Allemagne, elle, gagne des parts de marché. Et s’il n’y avait que l’exception allemande…

Mais d’autres pays s’en sortent eux aussi plutôt bien. L'Italie – oui, oui, l’Italie en crise !- est, elle aussi, en excédent commercial. Elle est de plus en plus compétitive au sein même des frontières de l’Europe. Et la petite Belgique : dans ses échanges avec la Belgique, la France accuse un déficit de plusieurs milliards d’euros.

La France ne va pas très bien. C’est une certitude. Mais ce n’est pas vraiment à cause de l’euro fort.

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