Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Le Front de Gauche revendique 180.000 manifestants
Le Front de Gauche revendique 180.000 manifestants © Radio France / Marion Lagardère

Lors de la m anifestation du Front de gauche hier à Paris, Jean-Luc Mélenchon a réussi à rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Que doit-en penser François Hollande ?

Il n’a rien appris de nouveau ! On sait depuis le premier jour de ce quinquennat que la gauche de la gauche trouvera toujours le Président trop centriste, trop mou, trop impuissant face aux puissances de l’argent. Le procès en reniement et en renoncement qui lui est fait résonne d’autant plus fort que la situation économique est exécrable. François Hollande devrait mais ne peut pas leur claquer la porte au nez.

Son choix, c’est d’avancer masqué, de réformer sans s’assumer social-démocrate. Du coup, on ne perçoit pas de cohérence générale. Et le sur-moi marxiste continue donc de sautiller sur les épaules des socialistes, qui acceptent de se faire insulter par une opposition de gauche. Sur le fond, rien ou presque ne sépare François Hollande de François Bayrou. Mais leur alliance est invraisemblable car le Président doit tenir sa majorité plurielle au gouvernement, malgré ses tensions. Sinon, un front puissant se constituerait, des écologistes aux trotskistes en passant par Mélenchon et Arnaud Montebourg. Or, il y a des élections municipales à venir, des européennes, puis une réélection éventuelle.

- Jean-Luc Mélenchon, il a été le grand animateur hier de la manifestation, avec des formules chocs.

Jean-Luc Mélenchon a un grand talent : son verbe. On l’avait déjà observé pendant la présidentielle : quand il parle, on l’écoute. Il est à sa façon un promoteur acharné du volontarisme en politique, quitte à ignorer les réalités les plus élémentaires. Par exemple, quand Mélenchon traite la Commission européenne d’« infâme », il se fait plaisir mais semble ignorer l’histoire. L’Union européenne n’est que le produit de compromis et de la volonté de ses membres. Elle n’est pas une dictature, mais un corps spongieux trop faible. On le sait, Jean-Luc Mélenchon déteste qu’on le compare à Marine Le Pen. Leurs propositions n’ont rien à voir, mais leur langage a les mêmes ressorts. Je pense à leurs expressions méprisantes contre les grands partis et l’Europe, leurs attaques contre les journalistes, l’idée du coup de balai contre les élites. Cette recette populiste, on la retrouve ailleurs sur le continent. Regardez Beppe Grillo en Italie. Ou bien le score inouï en Grande-Bretagne du parti UKIP, qui a obtenu 25% des voix, jeudi dernier, dans les élections locales partielles. N’étant pas aux responsabilités, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se partagent le ministère du verbe, qui n’oblige pas à être crédible. C’est d’autant plus redoutable que l’essentiel de la classe politique est devenue inaudible. La faute aux fameux éléments de langage qui créent une novlangue insupportable. Mais surtout, les responsables politiques sont devenus aux yeux des citoyens des pantins impuissants, voire malfaisants. On fantasme sur leur soumission au « Grand capital » ou à Bruxelles. Bref, on ne voit plus en quoi ils pourraient encore peser positivement sur notre vie. Sacré défi pour la gauche au pouvoir…

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