Par Etienne Gernelle, directeur de la rédaction duPoint

Le gouvernement prépare sa réforme des retraites et c'est la honte de ces dernières décennies...

mise en place de la commission sur l'avenir des retraites
mise en place de la commission sur l'avenir des retraites © reuters

... De ces dernières 22 années pour être précis. Car nous célébrons cette année le 22ème anniversaire du livre blanc de Michel Rocard sur le sujet. Depuis, les données ont changé, mais pas tant que cela. La démographie est sans doute la plus exacte des sciences humaines.

Mais, pour ceux qui veulent être précis, il y a eu, depuis, le rapport Charpin, et les multiples documents du COR, le Conseil d’orientation des retraites. Beaucoup de papier pour rien.

Ou presque. Il y a bien eu les réformes Balladur en 1993, Fillon, en 2003, et Sarkozy, avec encore Fillon, en 2009. Mais à chaque fois, on a fait le travail à moitié.

Jamais, on n’est vraiment revenu sur cette promesse absurde de la retraite à 60 ans, qui aurait dû valoir à François Mitterrand un prix Nobel de démagogie.

Pourtant, il n’était pas compliqué de comprendre que cela allait mal tourner. L’espérance de vie augmente. Aujourd’hui, il n’y a déjà plus que 1,7 cotisant par retraité. En 2040, si rien n’est fait, ce sera 1,4.

Tout cela, on le savait. Maintenant, tout va être beaucoup plus dur.

  • Pourquoi plus dur qu’avant ?Cela a toujours été une question ultra-sensible.

Oui, c’est pour cela qu’on n’a pas réglé le problème. Mais là, ce sera infiniment plus dur qu’il y a dix ou quinze ans, parce que l’on rencontre le mur au pire moment. Ce n’est pas compliqué, il y a trois leviers, et les trois sont terribles.

Premier levier, les cotisations. Difficile d’y toucher, au moment où la compétitivité est au plus mal. Cela ne servirait à rien de faire le pacte pour la compétitivité pour tout casser après.

Deuxième levier, l’augmentation de la durée de cotisation, et de l’âge légal de départ. C’est la meilleure solution, adoptée partout ailleurs, mais en période de hausse du chômage, et avec les difficultés qu’ont les plus de 50 ans à garder ou retrouver un job, cela va faire des dégâts.

Enfin, le dernier levier, le niveau des pensions, est le plus facile, le plus rapide, mais aussi le plus violent. Car quand on est à la retraite, on n’a plus la possibilité de se refaire.

Résultat, on va avoir droit une horrible potion. Mais peut-être arrêtera-t-on enfin un jour de faire ce qu’on a fait jusqu’à présent, est qui est encore pire.

- Pire : c'est-à-dire ?

Financer les retraites par la dette! Demander aux générations futures de payer la note des décennies passées ! La double peine, car ils paieront leurs cotisations, plus l’héritage empoisonné.

La facture de 22 années de lâcheté…

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