Revenons sur la première phase de l’opération militaire française au Mali. Difficile encore de tirer des leçons définitives. Tout le monde a été surpris, y compris l’Etat-major et l’Elysée, par la rapidité avec laquelle les troupes françaises ont repris l’essentiel du nord du pays. Mais la prudence domine dans cette guerre sans front, avec un ennemi qui se dérobe aux caméras. Ces jours-ci, tout le monde semble avoir un master de géographie sahélienne.

On annonce donc les combattants réfugiés dans les montagnes du nord, ou bien fondus dans la population civile. On se souvient, surtout, de l’Irak en 2003, de la prise éclair de Bagdad par les troupes américaines.

L’offensive n’avait duré que trois semaines, mais le cauchemar de leur présence dura huit ans. Ces souvenirs-là incitent évidemment les autorités françaises à précipiter le retrait de nos soldats, pour que les forces africaines prennent le relais. - On ne connaît pas la fin de l’histoire, mais cette intervention suscite d’ores et déjà des réactions très variées. Il y a de l’excès dans la critique comme dans la louange. Il y a ceux qui crient au génie militaire, au retour de la grande puissance française. Restons lucides. La vérité, c’est que l’armée française est quasiment à flux tendu. Ce genre d’intervention coûte cher, surtout en période de crise budgétaire. On ne peut pas s’éterniser.

En réalité, la France a été contrainte d’agir par les événements, par la progression territoriale des islamistes. Elle a ainsi rempli un premier vide : celui de la défense européenne commune. Ce projet est très difficile à mettre en œuvre, sans véritable gouvernance européenne.

Le deuxième vide que la France a comblé, c’est celui laissé par les Etats-Unis dans les affaires du monde. Ruinée par deux guerres, en Afghanistan et en Irak, l’Amérique est actuellement concentrée sur ses affaires intérieures. Depuis sa réélection, Barack Obama a la possibilité d’avancer sur des sujets majeurs comme le port d’armes à feu ou la dette. L’heure n’est pas à l’ouverture d’un nouveau front. - De l’autre côté, il y a ceux qui accusent la France de néo-colonialisme. Cette accusation est surréaliste. On ne voit pas ce que la France avait à y gagner, alors que le risque est considérable, pour nos militaires, pour nos otages et du point de vue terroriste. Il ne faut pas se fier au bain de foule de François Hollande lors de sa visite. Il témoigne d’une vraie reconnaissance, mais elle est ponctuelle. Que se passerait-il si les islamistes commençaient une campagne d’embuscades ?

En revanche, on n’a pas assez souligné l’importance des mots prononcés par François Hollande. En parlant de dette payée aux Maliens qui se sont battus pour la France, il a fait un pas essentiel pour tourner la page du colonialisme, et non pour le réinterpréter. Cette intervention militaire est une aide vitale pour le Mali. Elle fait bien plus avancer, dans nos rapports avec l’Afrique, que les actes de contrition ou les accusations mutuelles.

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