Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

Pourquoi parler de François Fillon ?

françois fillon déterminé à participer à la primaire de l'ump en vue de 2017
françois fillon déterminé à participer à la primaire de l'ump en vue de 2017 © reuters

Parce que ce soir, un drôle d’objet sera diffusé sur France 3. Un documentaire signé Franz-Olivier Giesbert sur les coulisses de la dernière présidentielle. Un document, plus exactement.

Car pour la première fois, celui qui fut le « collaborateur » -pardon le Premier ministre- de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans, prend non seulement ses distances de manière très claire avec l’ancien président de la République, mais se positionne aussi en creux pour devenir le champion incontesté de la droite en 2017.

Fillon ne joue plus sa partie contre Jean-François Copé. Mais contre Nicolas Sarkozy. Et c’est la première fois ! Fillon nous dit plusieurs choses : il a présenté sa démission à plusieurs reprises et celle-ci a été refusée à chaque fois. Une façon de dire qu’il n’était pas d’accord sur tout ce qui s’est passé sur la période 2007-2012.

Il nous dit aussi qu’il s’est pincé le nez lorsque le président-candidat a pas mal flirté sur la fin de sa campagne de 2012 avec les thèmes chers à Marine Le Pen. Sur cette stratégie, il souligne sa «différence d’approche irréconciliable». Une main tendue aux centristes. Il souligne, enfin, –et en ces jours-ci, c’est plutôt un point pour lui-, qu’il ne s’est jamais vraiment entendu avec Claude Guéant qui marchait sur ses platebandes. Tout ça est assez habile…

  • Pour quelle raison ?

Parce qu’après le psychodrame de l’automne dernier pour la présidence de l’UMP, Fillon s’était quelque peu démonétisé. Son affrontement avec Copé avait écorné son image. Beaucoup, à droite, en voyant Fillon et Copé se comporter comme dans une cour de récréation, ont considéré que seul Sarkozy avait la carrure du chef. Que seul Sarkozy pouvait sauver la droite et mettre fin à ce Vaudeville. Mais en jouant six mois plus tard (donc aujourd’hui) le « droit d’inventaire » d’une présidence qu’il a pourtant servi au premier chef, Fillon entame en réalité sa course-marathon pour devenir le leader de l’UMP à la prochaine présidentielle.

Son adversaire n’est plus Copé, mais bien Sarkozy. Et comme celui-ci est empêtré –et pour longtemps-, dans plusieurs affaires judiciaires, rien ne dit que dans quatre ans, il puisse refaire le match contre François Hollande. Fillon se pose donc en recours.

  • Prudent, Fillon fait pourtant un inventaire sélectif.

Il garde avec lui ce qui a séduit les électeurs UMP: l’énergie de Sarkozy. Mais c’est pour mieux apparaitre, lui, comme un homme calme, mesuré, posé. Reste le fond. Et c’est là que la démarche de Fillon est la plus audacieuse et la plus risquée.

Il nous dit que Sarkozy, lors des premiers mois de son quinquennat s’est trompé en ne luttant pas suffisamment contre les déficits et la dette publique.

Fillon prend un malin plaisir à rappeler qu’il s’est fait taper sur les doigts pour une petite phrase : « je suis à la tête d’un Etat en faillite », tandis que Nicolas Sarkozy, lui, était partisan de doper l’optimisme des Français et de ne pas leur dire toute la vérité. Le problème, c’est qu’à Matignon, Fillon était au moins autant à la barre de Sarkozy sur ce dossier et qu’il en est, lui aussi, comptable. De la même manière que lorsqu’il tacle François Hollande et sa montagne de dette, il n’est guère crédible.

Mais après tout, le marathon 2017 ne fait que commencer…

Nicolas Sarkozy, secrets d'une présidence

Documentaire de Franz-Olivier Giesbert

Ce soir sur France 3

A 20h46



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