Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels a été adopté hier en conseil des ministres. L’UMP s’est prononcée contre.

Un affrontement entre la gauche et la droite tout ce qu’il y a de plus classique ?

C’est un sujet qui cristallise à mon avis des oppositions plus profondes, lesquelles d’ailleurs ne recoupent pas totalement le clivage gauche/droite.

D’un côté, vous avez les gens qui considèrent que la loi doit accompagner l’évolution de la société. Ceux-là sont favorables au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels.

Ce sont essentiellement des gens de gauche, mais aussi des libéraux qui se classent plutôt à droite, et qui considèrent que l’Etat doit entraver le moins possible la liberté individuelle.

Et puis de l’autre côté, vous avez les gens qui pensent que la loi ne doit pas accompagner la société, mais qu’elle doit plutôt la structurer, même en s’opposant aux désirs individuels des citoyens. Cette opposition n’est pas nouvelle, Montesquieu en parlait déjà il y a deux siècles et demi.

-Si on est libéral, on doit donc logiquement être favorable au mariage pour tous

Pas forcément. Moi par exemple, je suis libéral, et je considère que chacun doit être libre de sa vie privée et de ses choix affectifs. Mais je suis défavorable au mariage homosexuel car il entraine forcément le droit à l’adoption. Or il me semble que l’évolution de la société ne justifie pas que l’on prive un enfant du droit d’avoir un père et une mère.

  • La droite étant minoritaire au Parlement, comment peut-elle s’opposer à ce projet ?

Elle peut dire qu’elle reviendrait sur la loi en cas d’alternance, comme l’ont fait François Fillon ou Valérie Pécresse.

Elle peut aussi tenter d’organiser la mobilisation contre le projet. Vous savez que plusieurs associations familiales ont appelé à des manifestations le 17 novembre, la droite peut tenter de s’y associer.

C’était peut-être l’idée de Jean-François Copé quand il affirmait la semaine dernière qu’il pourrait appeler les Français « à se mobiliser dans la rue » contre la politique du gouvernement.

  • Vous y croyez ?

Je ne pense pas que les électeurs de droite se mobiliseront sur un mot d’ordre politique, ce n’est pas dans leur culture.

Bien sûr, il y a des précédents comme la manifestation du 24 juin 1984 pour l’école libre, mais elle était organisée par les parents d’élèves de l’enseignement privé, pas par des partis politiques, même si on apercevait dans le cortège Giscard, Chirac ou Simone Veil. Aujourd’hui, les associations qui organisent les manifestations contre le projet de loi prennent bien garde de tenir à distance l’UMP pour ne pas se faire récupérer.

C’est d’ailleurs un paradoxe : sur les dossiers de société, les partis politiques traditionnels ne sont pas légitimes, l’opinion se fie davantage aux experts ou aux personnes directement concernées par le sujet.

C’est aux élus de faire la loi et pourtant, ils sont discrédités parce qu’on les soupçonne de ne penser qu’à leurs intérêts partisans. Sur des thèmes aussi importants que la famille, c’est dommage.

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