Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Strasbourg
Strasbourg © V. Strobel

Cet homme, Jérémie Louis-Sidney, n'était pas seulement un terroriste supposé, il était aussi un délinquant de droit commun. Connu de la police et de la justice, il avait fait de la prison pour trafic de stupéfiants, parallèlement à sa conversion à l'islamisme radical. Deux autres personnes interpellées ce week-end par la police ont eux aussi un casier de délinquant, pour trafic de drogue, vols ou violence.

On observe donc une sorte d'hybridation entre islamisme et criminalité.

Ce phénomène n'est pas nouveau. Il a commencé dans les années 90, avec l’émergence des terroristes qui étaient en même temps des délinquants de droit commun, comme Khaled Kelkal, l'un des auteurs de l'attentat du RER à la station Saint-Michel, qui avait fait 8 morts et 117 blessés. Lui aussi était connu des services de police. Il avait été condamné à 4 ans de prison pour vol à la voiture bélier. Plus près de nous, Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, avait été condamné à 18 mois de prison pour vol avec violence.

- Comment expliquez-vous ce phénomène, Guillaume ?

D’abord par le prosélytisme qui a longtemps eu cours dans les prisons françaises. Des délinquants incarcérés pour des affaires de droit commun se trouvaient exposés à l'islamisme. Je parle au passé car l'administration pénitentiaire a, semble-t-il, pris des mesures strictes pour éviter ces phénomènes de contagion. Mais cela n'a pas suffi à enrayer le phénomène. On est en train de voir émerger dans certaines banlieues, une sorte de contre culture, de contre société, dont l’islamisme est une des composantes.

Dans tous les registres de la vie sociale, culturelle, économique mais aussi religieuse, ces micro-sociétés se construisent en opposition avec toutes les normes de la société française. Il s'agit d'un message de refus global, absolu, du vivre ensemble.

Des jeunes de banlieue se définissent, se construisent (si l’on ose dire) par antinomie :

  • Vous vivez dans des centres villes ouverts, nous habitons dans des banlieues interdites d'accès à quiconque est étranger à la cité.

  • Vous êtes des Français, nous nous définissons comme blacks ou maghrébins.

  • Vous voulez une société apaisée, nous revendiquons une extrême violence.

  • Vous gagnez votre vie licitement, nous vivons des trafics.

  • Vous êtes laïcs ou de culture chrétienne, nous sommes des musulmans radicaux.

  • Vous êtes tolérants, nous sommes antisémites et sexistes,

Etc., etc.

Poussée à l’extrême, cette démarche séparatiste conduit au terrorisme, ou à un quasi état de guerre, comme dans les banlieues du nord de Marseille.

Inutile de préciser que l'Islam comme spiritualité est le cadet des soucis de ces délinquants qui ont instrumentalisé la religion au service de leur haine. C’est pourquoi tous les messages d’apaisement des autorités musulmanes françaises resteront malheureusement lettre morte.

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