Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

Depuis l’élection de François Hollande, on peine à trouver dans plusieurs domaines une différence de taille avec le précédent quinquennat. Dernier exemple en date : le budget. Si les modalités divergent un peu, l’austérité de gauche n’est pas si éloignée d’une austérité de droite. Mais il y a un secteur où ce gouvernement marque une véritable rupture avec le passé, c’est la Justice.

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taubira © Radio France
  • En quoi est-ce selon vous une véritable politique de gauche ? C’est d’abord l’approche générale, la philosophie qui est revisitée de fond en comble. Le tout répressif de la droite –qui n’a pas prouvé son efficacité, les chiffres le disent- est abandonné au profit d’une prise en compte individualisée de la délinquance. Les peines planchers sont fortement encadrées. La construction de prisons à tout va est stoppée au profit de peines alternatives. Alors qu’au même moment, François Fillon inscrit dans son projet 20.000 places supplémentaires.

    • Cette inflexion de la politique de justice tient aussi à la personnalité de la Ministre

    Christiane Taubira a une idée très précise de la politique qu’elle entend appliquer. Et elle l’assume. Personne ne l’attendait à ce poste là qui était très convoité, notamment par des proches de François Hollande. Pourtant, depuis cinq mois maintenant, elle œuvre discrètement mais efficacement. Tout sauf de la politique spectacle, et ce malgré un tempérament sanguin qui pourrait s’y prêter.

Après cinq années de remise en cause pour ne pas dire de mépris, la justice avait besoin de sérénité, les magistrats de respect. C’est chose faite ou du moins c’est en bonne voie. -Christiane Taubira arrivera-t-elle à tenir ce cap ? C’est là toute la question. L’actualité viendra avec son lot de faits divers sordides qui soulèveront l’émotion populaire. La ministre de la Justice sera alors sommée de rendre des comptes. Elle devra faire preuve de ténacité et de pédagogie pour convaincre que le virage entrepris est le bon. Que fermeté ne rime pas forcément avec enfermement. D’après un sondage, caché sous le précédent quinquennat et que la garde des Sceaux vient d’exhumer, les Français en seraient déjà convaincus. Christiane Taubira a un autre atout : son ambition n’est pas aussi débordante que d’autres ténors du gouvernement. Ce qui l’autorise à prendre des risques, dont celui de l’impopularité.

Et ce n’est pas rien pour qui veut réformer en profondeur. Encore faut-il que François Hollande la soutienne dans son action, malgré les aléas de l’opinion et face, aussi, à un Manuel Valls de plus en plus hégémonique. Car cinq années ne seraient pas de trop pour accomplir une révolution de la pensée et de la pratique. Cette longévité serait un exploit. Depuis 1986, pas un seul ministre de la Justice est resté en fonction plus de trois ans. Il est temps d’inverser la tendance.

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