Par Romain Gubert, du Point

Retour sur la mort de Margaret Thatcher survenue lundi dernier à 87 ans.

mort de margaret thatcher
mort de margaret thatcher © reuters

En fait, c’est sur l’absence, en France, d’une « révolution libérale » que je souhaite revenir. Les Etats-Unis ont eu Reagan, la Grande-Bretagne a eu Thatcher. En France, rien de tel. Les libéraux –en tout cas assumés comme tels, n’ont jamais représenté quoi que ce soit dans la vie politique. Souvenez vous d’Alain Madelin. Il n’a pas fait 5% aux élections de 2002. Et lorsqu’il a été nommé ministre de l’Economie, il a dû démissionner au bout de quelques trois mois après son entrée en fonction à Bercy à cause de ses sorties contre les fonctionnaires. Souvenez vous de la dernière élection présidentielle. C’est à qui serait le moins libéral.

Nicolas Sarkozy condamnait le « libéralisme sans frein et sans limite » et pour François Hollande, la crise financière n’était pour lui que l’illustration de la « crise du libéralisme ». Et d’ailleurs à la mort de Maggie Thatcher, rares sont ceux en France qui ont eu un mot aimable pour la dame de fer. Le petit parti libéral va demander dans quelques jours au maire de Paris qu’on donne à l’ancien premier ministre britannique le nom d’une rue. Cause perdue. Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a salué son « parcours incroyable », ce qui ne mange pas de pain. Et Jean-François Copé a tiré son chapeau devant celle qui, dit-il « a spectaculairement modernisé l’économie britannique ». Ce qui ressemble à un éloge du bout des lèvres.

- Mais pourquoi ce rejet, cette gêne ?

En fait, dans les années 80, le RPR a bien tenté d’endosser les habits libéraux pour lutter contre la gauche. Et pour reconstruire un programme. Mais ça n’a pas pris dans l’opinion. Et Chirac, revenu au pouvoir en 1986 s’est plutôt affronté à Thatcher sur la scène européenne. C’est peut-être une question d’ADN et de modèle français incompatible avec la « révolution libérale ». Toujours est-il qu’hormis quelques intellectuels qui s’assumaient libéraux –Raymond Aron, Jean-François Revel, Guy Sorman- le courant libéral n’a jamais percé sur la scène politique française. Les politiques français, de droite comme de gauche, ont en réalité effectué petit à petit, mais surtout sans le dire, certaines réformes libérales. Et notamment à gauche. Qui a libéralisé le secteur financier en France ? Pierre Bérégovoy à la fin des années 80. Avec cet objectif, concurrencer –un peu- la City de Londres. Qui a accéléré la financiarisation de l’économie française ? DSK et Laurent Fabius pendant le gouvernement Jospin. Quant à Nicolas Sarkozy qui voulait, en 2007, « libérer » l’économie française de tous ses blocages, disait-il, c’est Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand qu’il a choisi pour dessiner une plateforme de réformes libérales. Cela passait beaucoup mieux. Là dessus, la crise financière a balayé tout ça. La « révolution libérale » n’est donc pas pour demain en France. A moins que, justement, ce soit François Hollande, poussé par les difficultés budgétaires et la dérive des finances publiques qui se retrouve contraint, par les marchés financiers et par Bruxelles de faire passer des réformes d’inspiration libérale pour faire baisser le poids de l’Etat dans l’économie. Mais ça, vous pouvez en être sûr… il ne le dira évidemment pas aux Français.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.