Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

Elections législatives partielles à valeur de test, hier et une surprise : l’élimination dès le premier tour à Béziers de la candidate du Front national.

Ce n’était pas prévu. Le candidat de l’UMP est arrivé largement en tête devant celle du PS, alors que France Jamet, du FN, n’a pas réussi à se qualifier au second tour.

Ca fait deux grosses déceptions en 48 heures pour Marine Le Pen. Vendredi, le Conseil constitutionnel lui a claqué au nez les portes de l’Assemblée nationale, en confirmant sa défaite du mois de juin dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais.

Cela dit, il ne faut pas tirer de grandes conclusions de ces deux épisodes. Il y avait un contexte local particulier à Béziers, terre de droite. Quant au Conseil constitutionnel, Marine Le Pen n’est pas la seule à critiquer sa composition, sa politisation, avec trois anciens chefs de l’Etat dans ses rangs.

- D’autant qu’il faut souligner, à propos de Béziers, un taux de participation très bas

41,5% : six mois après les élections, la France est en plein marasme. Le contexte politique gonfle les voiles du Front national. La gauche a les pleins pouvoirs, mais elle semble avoir déjà épuisé son crédit populaire. La faute à la crise, à la montée du chômage et de la pauvreté, mais aussi à ses propres carences. A sa communication médiocre, à sa main qui tremble comme dans le dossier Florange, ou à ses abandons. Observerons une minute de silence à la mémoire de la grande réforme fiscale, qui aurait dû être l’acte fondateur du retour de la gauche au pouvoir.

A droite, le lent suicide de l’UMP se poursuit depuis trois semaines. Il a lieu maintenant à huit clos : c’est plus pudique, mais ça ne change rien. François Fillon et Jean-François Copé ont sabordé leur navire au milieu de l’océan.

La gauche contestatrice devrait s’épanouir dans ce décor, mais elle est aussi divisée. Elle s’appuie sur des syndicats faibles. Son leader charismatique, Jean-Luc Mélenchon, est absent du Parlement. Cette gauche donne le sentiment de préférer la rue au gouvernement de la France. Ca réduit son audience.

Reste le Front national. On connaît la formule depuis 20 ans. Le FN n’a pas besoin de parler pour se faire entendre, de semer pour récolter. Il attend. Il engrange. Il est le premier bénéficiaire des angoisses qui traversent la société française. Les immigrés, les profiteurs, les islamistes, les terroristes, l’Union européenne : tous ces épouvantails sont plantés dans son champ.

Mais à la différence de son père, Marine le Pen a choisi de professionnaliser le Front national. De le rendre présentable, afin de convaincre les indécis et les dégoutés de la politique. Le FN cible donc des franges de la population à séduire et des villes gagnables, aux municipales de 2014. Ce scrutin-là, après une année possible de récession et d’aggravation du chômage, sera un test majeur du poids du FN.

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