François Hollande a tenté de reprendre la main hier, en annonçant des mesures de moralisation de la vie politique. L’opération est-elle réussie ?

françois hollande dit non à un changement de cap économique
françois hollande dit non à un changement de cap économique © Radio France / Reuters

Non. Il n’y avait qu’à voir l’ambiance qui régnait trois heures plus tard à l’Assemblée nationale pour comprendre que l’intervention du Président n’avait politiquement servi à rien. Les députés de l’opposition étaient survoltés, s’en prenaient au Premier ministre en criant « démission, démission » sous le regard apeuré des autres membres du gouvernement. Je ne pense pas que François Hollande ait réussi hier à arrêter la machine infernale, celle qui décrédibilise chaque jour un peu plus le pouvoir depuis les aveux de Jérôme Cahuzac. Et pourtant, on ne peut pas dire que le Chef de l’Etat ait parlé pour ne rien dire hier. La création d’un parquet financier ou d’une haute autorité pour contrôler les responsables publics, peut se révéler efficace. Le problème, c’est que ce sont des mesures à la fois compliquées à comprendre et longues à mettre en œuvre. Donc qui risquent fort de passer au dessus de la tête des Français. Et puis, le Président peut toujours installer une nouvelle haute autorité, c’est d’abord son autorité à lui qu’il doit restaurer. Quand vous voyez la façon dont le traitent nos confrères hebdomadaires cette semaine (L’Express le qualifie en Une de « Monsieur faible », le Point l’appelle carrément « pépère »), vous vous dites que ce n’est pas gagné.

Le « Hollande bashing », ce n’est pas nouveau.

C’est vrai. Mais il n’y a pas que les journaux qui ne croient plus à l’autorité du Chef de l’Etat. Regardez tous ces ministres, Montebourg, Duflot, Hamon, qui critiquent presque ouvertement la politique de rigueur menée par le gouvernement auquel ils appartiennent. Regardez le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui explique ce matin dans le Figaro que la publication du patrimoine des élus serait du voyeurisme, alors que François Hollande exige cette publication de son gouvernement. Tous les jours, l’autorité de François Hollande est bafouée dans sa propre majorité. Et quand le Président hier, affirme « qu’aucun ministre ne peut remettre en cause la politique conduite », mais qu’il ne prend aucune sanction contre ceux qui contreviennent à cette règle, il s’affaiblit encore plus.

En fait, pour en revenir à votre remarque, la critique contre François Hollande n’est pas nouvelle, mais elle est en train de muter. Jusqu’à il y a quinze jours, on critiquait surtout le manque de professionnalisme de son action, avec les fameux couacs. Ensuite, après l’émission télévisée sur France 2, c’est son action elle même qui a été remise en cause, parce que le Président a donné le sentiment qu’il était désarmé face à la crise. Depuis l’affaire Cahuzac, ce n’est plus l’action mais la personne même de François Hollande qui est en question, son autorité, sa crédibilité de Président de la République. Et là, c’est le cœur du réacteur qui est touché. Si le Chef de l’Etat ne prend pas une initiative politique forte dans les semaines qui viennent, il y a un risque de crise de régime.

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