Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazineL'Express

Harlem Desir a lancé hier une pétition nationale en faveur du mariage pour tous. Mais jusque-là le premier secrétaire du PS s’était montré plutôt discret.

Autant dire tout de suite que la fonction de patron du parti majoritaire est loin d’être la plus facile à tenir. Trouver sa place entre un exécutif qui cherche la sienne, des ministres en concurrence médiatique et des parlementaires soucieux aussi qu’on ne les oublie pas, est presque une gageure. Et Harlem Desir n’a pas échappé à la règle.

Sans compter que d’autres handicaps plus personnels sont venus compliquer son installation : une élection pas vraiment transparente à la tête du PS et une personnalité sans charisme, hyper prudente, très friande de la langue de bois. Il est bien loin le Harlem Desir qui faisait la une de L’Express , porte-voix efficace de la lutte contre le racisme.

- Au Congrès de Toulouse pourtant, pour son premier discours, il avait tenté d’apparaître plus offensif.

Harlem Desir avait semblé retrouver de l’allant, avec une intervention très musclée contre l’UMP. Mais il est aussitôt retombé dans l’oubli.

Le Parti socialiste n’a plus fait parler de lui que par des rafales de communiqués de presse. En fait, il manque au Premier secrétaire une chose essentielle pour faire un bon patron de parti. Par paresse intellectuelle je dirais tout simplement du désir. Autrement dit et plus sérieusement, c’est l’ambition qui lui fait défaut. Si l’on remonte dans le temps, tous les premiers secrétaires du PS depuis François Mitterrand – à l’exception de Pierre Mauroy- ont nourri, à un moment ou un autre, une ambition présidentielle. L’ambition est le carburant de la politique. Elle est souvent critiquée, dénoncée parce que perçue comme étant uniquement au service d’un destin personnel. Mais elle permet de se dépasser et d’entrainer derrière soi des troupes.

Le manque d’ambition, c’est d’ailleurs -il ne faut pas se tromper-, la raison pour laquelle les poids lourds du gouvernement, dont Pierre Moscovici, Manuel Valls et Vincent Peillon ont poussé la candidature d’Harlem Desir. Avec en tête l’idée qu’il ne leur ferait pas d’ombre. François Hollande s’est rallié à cette idée.

-Harlem Désir qui aurait le mérite de ne fait de l’ombre à personne : est-ce un si bon calcul de la part du chef de l’Etat ?

Si c’est aujourd’hui le cadet de ses soucis, cela ne devrait pas durer longtemps. Dans 15 mois, les élections municipales seront le premier vrai test électoral pour le pouvoir en place et par ricochet de la capacité d’Harlem Desir à mobiliser le parti.

Si le cumul des mandats entre bien en application d’ici là, le Premier secrétaire du PS aura un pouvoir important : celui de procéder au recrutement de nouveaux candidats et de les investir.

Nul doute que tout le monde voudra s’en mêler, mais au final, c’est la responsabilité d’Harlem Desir qui sera engagée. Les élections intermédiaires ne sont jamais porteuses pour la majorité en place. Harlem Desir sera donc jugée sur sa capacité à limiter les dégâts. Son avenir à la tête du PS en dépendra.

Car si François Hollande sent sa réélection en 2017 menacée par un manque de leadership à la tête du PS, nul doute qu’il s’y intéressera de plus près et qu’il n’hésitera pas à trouver un remplaçant à Harlem Desir.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.