Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

herman van rompuy annonce un accord sur le budget européen
herman van rompuy annonce un accord sur le budget européen © reuters

Vendredi, c’est dans la douleur que les Etats-membres de l’Union européenne ont fini par s’entendre sur un nouveau budget, pour sept ans, de 960 milliards d’euros, un budget à la baisse.

Le problème, ce sont les divisions, pas les soustractions. C’est vrai que pour la première fois, le budget de l’UE est en diminution. Mais pouvait-on s’attendre à autre chose, vue l’austérité qui s’est abattue sur l’Europe depuis deux ans ? Cette réduction de 3,4% par rapport au budget précédent, on la sentait venir depuis longtemps. Elle a été âprement négociée entre les capitales pendant des mois, puis lors de deux sommets européens. Elle s’inscrit dans une ambiance générale dépressive.

Chacun a raisonné avec sa calculatrice nationale. Le pire étant David Cameron, prêt à déchiqueter le budget avec un couteau de boucher. On le croyait isolé ; or il s’est trouvé des alliés auprès des pays qui bénéficient aussi d’une ristourne sur leur contribution, comme l’Allemagne.

A écouter David Cameron, on dirait qu’il revient de la guerre, et que l’ennemi était le bureaucrate bruxellois. Ca ravira peut-être les tabloïds et les conservateurs, mais sur le long terme, ça renforce les doutes sur la place de la Grande-Bretagne dans l’UE. - Mais au final, est-ce qu’il y a quand même des vainqueurs dans ce budget ? Tout le monde a dû lâcher du lest. Ca s’appelle un compromis, et c’est le mot fondateur de la construction européenne depuis un demi-siècle. Mais un compromis ne signifie pas qu’il n’y a pas de perdants. François Hollande par exemple. Il a beau avoir protégé les agriculteurs français privilégiés par la PAC, le Président n’est pas au rendez-vous de sa promesse : la relance de l’UE par la croissance. La France est en position de faiblesse face au bloc des pays qui voient de plus en plus l’Union comme un problème, et non une solution.

Parmi les perdants, il y a aussi José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Il a été inaudible dans cette négociation, confirmant l’effacement de la Commission au profit des capitales. Mais plus généralement, le grand perdant, c’est le projet européen. Y’a-t-il encore un grand dirigeant dans la salle ? Ce moment de médiocrité politique qu’a été la négociation budgétaire ne peut que renforcer le rejet de l’Europe actuelle. D’autant que le continent est en pleine récession. Les élections européennes de 2014 seront donc la grande explication démocratique. Les dirigeants ne pourront plus se contenter de paroles creuses sur l’intégration politique. Ils vont devoir affronter des questions précises, comme celle des ressources propres de l’Union, ou celle d’une harmonisation fiscale. Ils vont aussi passer un test de sincérité : on ne peut pas se dire européen convaincu et désigner à Bruxelles des responsables aussi falots que Catherine Ashton, pour la politique étrangère, ou Herman Von Rompuy pour la présidence du Conseil européen. Le temps s’écoule, la confiance se dissous. Le plus petit dénominateur commun n’est plus acceptable.

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