Par Benjamin Sportouch, journaliste à l'hebdomadaire L'Express

françois hollande estime que la politique de shinzo abe au japon est bonne pour l'europe
françois hollande estime que la politique de shinzo abe au japon est bonne pour l'europe © reuters

En l’espace de deux semaines, François Hollande a vanté les mérites de deux politiques économiques … difficilement compatibles.

Il y a le Hollande de Leipzig et le Hollande de Tokyo. Au Japon, le week-end dernier François Hollande a dit tout le bien qu’il pensait de la politique économique japonaise et de ce qu’on appelle là-bas « les 3 flèches » : une souplesse monétaire, une stratégie de croissance et surtout des largesses budgétaires avec une augmentation des dépenses publiques. Autant dire tout l’inverse des choix retenus par François Hollande aujourd’hui. Arnaud Montebourg, qui ne manque pas une occasion de dénoncer l'Europe de l'austérité, était d’ailleurs aux anges, ravi, que le Président en ait tiré, je le cite, « des leçons pour la politique européenne ». Le temps d’une visite, on aurait pu en conclure, en effet, que le chef de l’Etat s’était converti à une politique de relance, loin, très loin des critères européens de redressement des comptes de l’Etat.

- Sauf qu’il y encore quelques jours encore, François Hollande ne disait pas exactement la même chose.

C’était le Hollande de Leipzig. Le chef de l’Etat était venu assister aux 150 ans du SPD allemand et avait salué, à la surprise générale, les réformes très rigoristes de l’ancien Chancelier Schröder, qui sont tout le contraire de ce que font aujourd’hui les japonais. « Des choix courageux » avait même lancé le président français pas rancunier pour un sou. Car il faut rappeler que le prédécesseur d’Angela Merkel avait clairement soutenu Nicolas Sarkozy et critiquer vertement les socialistes français. Harlem Desir était venu au secours de François Hollande en expliquant qu'il avait juste fait preuve de « politesse ». Des propos diplomatiques, en quelque sorte. Rien de plus.

- Vous ne semblez pas convaincu par cette interprétation.

Pas vraiment. En fait, ces jugements divergents sont très symptomatiques de l’hésitation persistante de François Hollande entre deux options. Lors de sa dernière conférence de presse, il avait tenté d'effacer cette impression de tâtonnement qu’il a lui-même instillée en bâtissant, rappelez-vous, son quinquennat sur deux temps distincts : celui des sacrifices avant celui de la redistribution. Mais on l’a toujours senti pressé d’en arriver très vite à la seconde époque, celle du réconfort, et plutôt gêné de réclamer des efforts.

La lisibilité de son action est une fois de plus brouillée. Qui croire ? Le président de Leipzig ou celui de Tokyo. Il ne peut pas faire comme si les Français n’avaient pas entendu ce double discours. Les frontières n'abolissent pas le besoin de cohérence.

Il y a indiscutablement pour François Hollande des raisons politiques à entretenir le trouble : ne pas s'aliéner sa gauche tout en rassurant les modérés de son camp. Mais à force de faire le grand écart, François Hollande risque de se retrouver par terre et avec lui sa volonté sincère de rétablir la santé économique de notre pays.

Ou alors, cherche-t-il une troisième voie, française, à mi-chemin entre socialisme et social-démocratie ? Entre Allemagne et Japon ? Ce serait une belle perspective. Jean-Marc Ayrault a proposé et promu l'idée d'un « nouveau modèle français ». C'était le credo du Premier ministre ces derniers mois. Mais l'idée -audacieuse- n'a pas été reprise par un François Hollande frileux, plus girouette que prophète.

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