Par Benjamin Sportouch, journaliste àL'Express

opération communication pour françois hollande à dijon
opération communication pour françois hollande à dijon © reuters

François Hollande est à la recherche d’un nouveau souffle. Il devrait s’exprimer dans les prochains jours à la télévision, mais est-ce le bon moment pour parler ?

Ce n’est pas si sûr. La vraie question est de savoir si le Président a quelque chose de nouveau à dire aux Français. Tout porte à croire que ce n'est pas le cas. François Hollande risque de répéter ce qu’il a déjà dit maintes fois : qu’il a un cap et qu’il s’y tient.

La droite réclame un discours Churchillien. Du sang et des larmes. Pourtant, elle-même ne l'a pas fait quand elle était elle-même aux affaires. De quoi s'interroger sur la pertinence d'une telle dramatisation.

- Les sondages montrent pourtant qu'il y a un besoin d'explication.

C’est en tout cas ce qu’on veut leur faire dire ! La chute de la popularité de François Hollande ne va pas cesser parce qu'il va venir nous parler, en pater familias , juste après ou pendant le dîner.

Son effondrement dans les sondages est bien entendu lié à la situation économique et il est clair que tant que la courbe du chômage n’aura pas fléchi, celle de l’exécutif ne se redressera pas.

En prenant la parole sous pression, le chef de l’Etat ne fait qu’accentuer une image de fébrilité.

Il est lui-même conscient de cet écueil. Dans une interview hier au quotidien dijonnais Le Bien Public , il manifeste sa volonté de résister je le cite « aux humeurs » et « aux pressions » pour garder « le rythme de la marche ». Voilà pour ce qu'il dit. Voilà ce qu’il ne fait pas.

François Hollande avait fixé un agenda pour ses prises de parole : une grande conférence de presse tous les six mois. La dernière a eu lieu mi-novembre ; elle était longue, mais plutôt réussie. Le prochain rendez-vous était donc prévu en mai. Dans à peine deux mois. Est-il nécessaire d'ici là de prendre la parole ? Car tout ce qu'il dira, et a fortiori l'inutile, pourra être retenu contre lui à l'avenir. Et l'effet obtenu à l'opposé de celui recherché.

- Mais deux mois, politiquement, c'est une éternité aujourd'hui.

A l'échelle d'un quinquennat, pourtant, ça ne l'est pas. Ni la rue ni les urnes, les deux seules injonctions vraiment légitimes, ne le poussent à s’exprimer.

En fait, François Hollande ne parvient pas à imposer son propre tempo pour deux raisons. D’abord parce que ses ministres parlent trop et qu’ils se chamaillent sur tout et surtout que Jean-Marc Ayrault qui est censé jouer les chefs d’orchestre n’y parvient pas.

Il est plutôt là le nœud des difficultés. C’est son propre gouvernement qui contraint François Hollande à intervenir. Parce que d'autres parlent trop et mal, lui est accusé de ne pas parler suffisamment et correctement.

La seconde raison, il faut bien le reconnaître, elle vient de nous, médias. Avec Nicolas Sarkozy, nous avons été habitués pendant cinq ans à un flot de parole présidentielle continu. Nous étions d'ailleurs les premiers à nous plaindre de cette hyperprésidence, de cette overdose de paroles.

En fait, nous avons du mal à nous en désaccoutumer. Et de François Hollande, nous attendons qu'il alimente l'hydre médiatique. Autrement dit une campagne permanente à coup d'apparitions à la télévision et d'annonces à tous crins.

François Hollande a voulu, parfois exagérément, faire tout l'inverse de son prédécesseur ces derniers mois. Il serait aujourd'hui bien mal inspiré de le copier dans ce qui fut le plus reproché à Nicolas Sarkozy : parler pour ne rien dire.

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