Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Le rapport Jospin remis vendredi au Président de la République nous intéresse ce matin pour l'une de ses principales préconisations : la fin du cumul des mandats.

Les députés avaient déjà approuvé majoritairement la ratification du traité budgétaire européen
Les députés avaient déjà approuvé majoritairement la ratification du traité budgétaire européen © Radio France / Christophe Morin

Ce sujet est un des plus beaux serpents de mer de la vie politique française.

Régulièrement, il revient dans l’actualité avec de grandes déclarations sur le progrès démocratique que représenterait la fin du cumul des mandats, comme si l’avenir du pays en dépendait.

Un nouveau pas a été franchi hier par Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, qui envisage un référendum si les sénateurs s’opposent au cumul des mandats.

Comme si les Français n’avaient pas de sujets de préoccupation plus sérieux en ce moment.

A moins, évidemment, qu’il ne s’agisse d’une diversion du pouvoir pour détourner l’intérêt de l’opinion sur des sujets subalternes...

  • Mais les Français sont opposés au cumul des mandats.

Ils sont contre le cumul des mandats en général, mais pas forcément quand il concerne leur propre maire ou leur conseiller général.

Une partie essentielle du travail d’un élu, même s’il ne s’en vante pas trop, consiste à chasser les subventions, à essayer d’obtenir des aides de toutes sortes pour ses administrés. Et ceux-ci sont bien contents d’avoir un élu qui a ses entrées à Paris pour débloquer les dossiers dans les ministères.

Mais il n’en demeure pas moins, vous avez raison, que le cumul des mandats a mauvaise presse. A mon avis, c’est une manifestation du caractère profondément malthusien des Français.

Ils n’aiment pas que l’on cumule les mandats et les salaires qui vont avec, parce qu’il faut en laisser aux autres. C’est un peu comme les 35 heures : il faut travailler moins pour laisser du travail à tout le monde.

- Vous considérez que ce n’est pas un problème qu’un élu au Parlement soit en même temps maire d’une grande ville, voire président d’un conseil général ?

Ce n’est pas idéal, parce qu’il a moins de temps pour faire son travail de parlementaire, mais ce n’est pas dramatique non plus dans la mesure où l’essentiel se décide entre l’Elysée, Matignon et le patron du groupe majoritaire à l’Assemblée.

Le vrai problème, c’est d’abord le cumul des mandats dans la durée, avec des gens qui sont élus depuis vingt, trente ou quarante ans, et empêchent tout renouvellement du personnel politique.

Mais surtout, surtout, le problème c’est le nombre ahurissant d’élus en France : nous avons 400 parlementaires de plus que les Etats-Unis alors qu’ils ont 5 fois plus d’habitants que nous.

Nous avons 2.000 conseillers régionaux, 4.000 conseillers généraux, 500.000 conseillers municipaux !

Tout le monde sait qu’il faudrait supprimer au moins un niveau dans le millefeuille des collectivités territoriales. Nicolas Sarkozy avait fait un tout petit pas dans cette direction en instaurant le conseiller territorial, pour siéger à la fois au conseil général et au conseil régional.

Mais François Hollande s’est empressé d’annuler la réforme, pour complaire aux élus locaux. Il préfère amuser la galerie avec cette histoire de cumul des mandats. C’est ce que l’on appelle passer à côté du sujet.

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