Par Anna Cabana, Grand reporter au Point

Jean-Marc Ayrault et François Hollande (Bressuire)
Jean-Marc Ayrault et François Hollande (Bressuire) © jmayrault

C’est un sujet qui préoccupe l’Elysée et le sujet s’appelle Jean-Marc Ayrault.

Ces derniers jours, on a beaucoup glosé sur la nouvelle posture martiale de François Hollande, sur la façon dont il joue le capitaine dans la tempête. Mais on n’a pas assez dit une chose essentielle : il est seul à la barre. Seul en première ligne. Il a dû se faire violence pour faire ça, lui qui, souvenez-vous, ne voulait surtout pas jouer l’hyper-président comme Sarkozy. S’il l’a fait, c’est à cause des circonstances, bien sûr, mais aussi parce qu’il y a un « problème Ayrault ». « Un problème Ayrault » : c’est l’expression chuchotée ces temps-ci par les collaborateurs de Hollande. Ceux-là mêmes qui, il y a quatre mois, expliquaient que Jean-Marc Ayrault était le nouveau Pierre Mauroy disent aujourd’hui qu’il s’est « Edith Cressonnisé ».

- « Edith Cressonnisé », cela veut dire que c’est le style et la méthode qui ne passent pas ?

C’est son autoritarisme qui est stigmatisé. Beaucoup de ministres vont jusqu’à s’en plaindre auprès de François Hollande et de ses collaborateurs. Ils se plaignent d’être maltraités par Ayrault, qui, disent-ils, les « caporalise ».

Ayrault a beau être le fils spirituel de Jean Poperen, il n’est pas sûr de lui, alors il en rajoute dans l’autoritarisme.

Les ministres ne sont pas prêts d’oublier la punition qu’il a infligée à Nicole Bricq, en la mutant du ministère de l’Ecologie au Commerce extérieur parce qu’elle avait eu le malheur de hausser la voix devant lui. Nicole Bricq n’avait pas le poids politique suffisant pour se plaindre auprès de Hollande, mais les gros ministres, eux, comme Manuel Valls par exemple, n’acceptent pas ça et le font savoir.

  • Vous voulez dire que c’est le bazar dans le gouvernement

Je veux dire qu’il y a, comme on le soupire à l’Elysée, « un problème de coordination ». De nombreux membres du gouvernement se plaignent de n’avoir pas de réponse du cabinet du Premier ministre, quand ils demandent quelque chose. Désormais, certains préfèrent contacter directement Hollande par SMS, parce que lui, au moins, il répond. « Le gouvernement n’est pas mauvais, c’est le Premier ministre qui l’est, m’a dit un conseiller de François Hollande. Il faut aider Ayrault. François Hollande va l’aider. On va faire le boulot de coordinateur à sa place ». Oui, vous avez bien entendu : l’Elysée a l’intention de suppléer Matignon.

- Cela annonce-t-il un changement de Premier ministre ?

A l’Elysée, on y songe, et à haute voix ! On songe même à des noms de remplaçants : Manuel Valls, Louis Gallois, Anne Lauvergeon... Mais il est impossible, disent les conseillers du Président, de remplacer le Premier ministre avant les premières échéances électorales, c’est à dire les municipales de 2014. Bref : le changement, ce n’est pas maintenant.

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