Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

Didier Migaud, président de la Cour des comptes
Didier Migaud, président de la Cour des comptes © MaxPPP

Didier Migaud, un homme discret mais qui, à la tête de la Cour des comptes, joue un rôle crucial dans la conduite des affaires de l’Etat.

Certains verront cela comme une incongruité mais celui qui a été député socialiste pendant plus de vingt ans et qui a été nommé par Nicolas Sarkozy en 2010 à la Cour des comptes a en réalité un pouvoir immense sur François Hollande...

Didier Migaud n’est pas ministre. Il est volontairement lisse. Et lorsqu’il parle, ce n’est jamais pour refaire monde ou pour lancer des piques assassines sur les uns et les autres de ses amis. Il cultive la discrétion. Son pouvoir concret se limite à sa parole dont il fait usage publiquement deux ou trois fois par an, ainsi qu’aux quelques rapports publiés chaque année par sa vénérable institution.

Il a pourtant bien plus de pouvoir que certains ministres. C’est lui qui peut dire ses quatre vérités au gouvernement en général et à François Hollande en particulier. A la tête de la Cour des comptes, celui qui est un peu l'expert-comptable en chef de la République est le seul à pouvoir siffler la fin de la récré quand les dépenses de l’Etat gonflent plus que de raison et à dire à ses anciens camarades de parti : « la fête est finie ! ». Migaud est d’ailleurs une sorte de garde-chiourme des finances publiques qui peut taper sur les doigts de ceux qui ont la dépense publique trop facile…

- Que disait le rapport annuel qu’il a rendu public hier ?

Il rappelait à François Hollande qu’il a encore du pain sur la planche pour remettre les finances de l’Etat dans le droit chemin. Je vous épargne le détail du rapport annuel qui pointe du doigt ici la cession d’un terrain par l’Etat dans des conditions surréalistes et les aides aux buralistes qui ne servent pas à grand-chose. Un rapport qui épingle aussi les aides à la presse, détournées de leur objectif, et collectionne les innombrables perles plus ou moins ubuesques sur la gestion de certains services de la SNCF, des conseils généraux ou de tel ou tel établissement public comme Météo-France, Pôle emploi, France Télévisions...

Son rapport fait 1807 pages. Sur le fond, ce que dit Didier Migaud, c’est que la France et ceux qui la gouvernent ne doivent pas oublier l’objectif numéro un du moment : éviter la faillite de l’Etat. Tout reste à faire explique Migaud qui s’inquiète du montant de notre dette publique –elle va atteindre 90 % du PIB cette année et va continuer à s'accroître en 2014 et en 2015…

Il rappelle aussi –la faute à la conjoncture- que les promesses du gouvernement faites à nos voisins européens n’ont aucune chance de se réaliser. Il rappelle enfin à François Hollande qu’augmenter les impôts c’est bien pour revenir dans les clous (même si il pointe du doigt la complexité toujours plus grande de notre système fiscal). Mais que diminuer les dépenses –elles représentent 56% de la richesse créées chaque année dans le pays, c’est tout aussi indispensable.

En fait, Migaud est un peu le mauvais génie de Hollande… Le seul à qui peut se permettre de ne pas être dans la flatterie puisque sa mission est d'abord de jouer le rôle de Père Fouettard. Et en ce moment, paradoxalement, c’est après tout peut-être le job le plus enviable au sein de l’Etat.

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