Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Le rapport sur l’avenir des retraites sera remis demain au Premier ministre. Faut-il y voir le début d’une nouvelle séquence dans la politique économique de François Hollande ?

les syndicats font monter la pression sur le dossier des retraites
les syndicats font monter la pression sur le dossier des retraites © reuters

Franchement, cela m’étonnerait. Depuis deux jours, le gouvernement envoie tous les messages possibles pour faire comprendre aux syndicats qu’ils n’ont vraiment pas de raison de s’inquiéter. Hier, c’est la Ministre de la fonction publique qui expliquait qu’elle ne voyait aucune raison de réformer le régime de retraite des fonctionnaires, en niant les inégalités pourtant évidentes entre le public et le privé dans le calcul du montant des pensions. Avant-hier, c’est le Ministre des transports qui se couchait devant les contrôleurs aériens, sans doute les plus privilégiés de tous les fonctionnaires français, en leur promettant qu’il ne laisserait pas l’Europe toucher à leur monopole. Avec leur statut en or massif, les aiguilleurs du ciel vont donc pouvoir continuer à pouvoir partir à la retraite à partir de 50 ans, après avoir travaillé moins de 100 jours par an. Et le même ministre des transports tient des propos très rassurants aux syndicats de la SNCF, alors que les cheminots sont une fois de plus en grève aujourd’hui. Bref, même si le rapport Moreau remis demain à Jean-Marc Ayrault demande un changement du mode de calcul de la retraite des fonctionnaires, le gouvernement semble avoir clairement choisi la voie de l’immobilisme.

- Immobilisme, c’est peut-être un peu tôt pour le dire, non ? Les négociations avec les syndicats n’ont même pas commencé !

C’est vrai, et elles sont prévues pour durer des mois. Assez longtemps pour faire oublier les mesures courageuses préconisées par le rapport Moreau. Assez longtemps pour faire croire à la Commission européenne, qui s’impatiente de voir François Hollande remettre sans arrêt à plus tard les réformes douloureuses, que nous nous sommes vraiment attaqué au problème.

Mais franchement, à quoi servent ces pseudo-négociations quand on connait d’avance la réaction des syndicats, de même qu’on connait d’avance toutes les mesures qu’il faudrait prendre pour redresser le système. Le problème est simple : François Hollande osera-t-il ou non être impopulaire auprès de son électorat ? Depuis un an, quand il s’est agi de redresser les comptes publics, il s’est toujours contenté d’augmenter les impôts. Seulement voilà, cette fois il ne peut pas se contenter de faire payer les riches, comme il l’a fait la semaine dernière en rognant le quotient familial pour renflouer la branche famille de la sécurité sociale. Non, cette fois, Il va falloir mettre tout le monde à contribution, salariés du public et du privé, si l’on veut vraiment sauver la retraite par répartition.

- Pour le gouvernement, le risque politique est énorme.

Bien sûr. S’en prendre au régime des fonctionnaires quand on est un gouvernement de gauche, c’est dégoupiller une grenade. Mais comment une majorité qui n’a que le mot de justice à la bouche pourrait laisser se perpétrer une inégalité aussi flagrante ?

Ce serait à la fois incompréhensible et dangereux pour la cohésion sociale dont le pays a d’autant plus besoin qu’il est en crise.

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